Rsg Production

Digger

 
 

2026

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Après dix ans d’absence Alejandro Iñárritu est de retour dans un nouveau film à concept. Le cinéaste mexicain adoubé par Hollywood (Birdman ; The Revenant ; 21 Grammes) s’associe ici à Tom Cruise pour ce qui est présenté comme une satire politique s’attaquant au bouleversement climatique et l’immobilité des puissants. Ce dernier casse à nouveau son image de héros après deux décennies de films d’action pour incarner un magnat du pétrole vil et grotesque avec accent on ne peut plus sudiste et bedaine à peine contenue. Le ton est très clairement absurde dans un rythme soutenu où ça parle vite et beaucoup et (dans) un style volontiers extravagant, exagéré et outrancier à l’image du titre dont le suffixe comparatif souligne cette volonté de « toujours plus » : creuser et creuser jusqu’à notre propre tombe. Un titre qui se réfère au surnom du protagoniste puisque si la catastrophe pétrolière, qui sert de catalyseur à l’intrigue, se déroule en Arctique, ce n’est pas pour rien : Mr. Rockwell aurait ainsi déjà creusé partout ailleurs, ne laissant plus que les pôles à exploiter et ruiner. Et c’est un personnage qui ne sort littéralement jamais à l’extérieur, il est toujours dans des pièces – et surtout chez lui, au point que le Président vienne à lui et non l’inverse – pourtant constamment entouré de fresques représentant la nature alors qu’il symbolise justement la destruction de celle-ci.

Mais s’il y a bien du « Docteur Folamour » ou du « Don’t Look Up » dans « Digger », ce n’est que la porte d’entrée d’un film qui réserve plusieurs surprises dont nous ne gâcherons pas le plaisir – d’autant que pour une fois, le marketing d’un film d’une telle ampleur le ménage également. La satire n’est en effet ici que la pointe de l’iceberg à la dérive, qu’incarne ce film moins comique et divertissant qu’il n’y paraît, mais finalement plus intelligent et original. Car si la satire a du pain sur la planche ces derniers temps, tant il faut forcer le trait pour tenter de dépasser les outrances de la réalité, l’ironie fictive peut ne devenir alors qu’un simple reflet (grinçant) de l’actualité au risque d’enfoncer des portes ouvertes. « Digger » peut alors creuser plus profondément son sujet ou bifurquer. Et en choisissant cette seconde option, qui divisera certainement de par la rupture de l’immersion qu’elle provoque chez le spectateur, le film offre une tangente qui s’avère intéressante, intrigante et surprenante. Celle-ci lui fait indéniablement perdre en humour et en comique, mais ajoute une nouvelle dimension qui apporte non seulement une justification et une compréhension au surjeu de toute la distribution ainsi qu’à l’artificialité des décors, mais embarque également ce récit dans une certaine expérience théâtrale.

Si cette bascule crée une distance, elle élargit également l’univers de cette fiction avant d’ajouter une nouvelle révélation qui transforme finalement la nature même du film. Après nous avoir proposé une introduction satirique sur l’état du monde actuel et de sa sur-exploitation, « Digger » bascule ainsi dans la construction-même d’une satire avant de re-basculer vers son intérêt et sa portée par le biais du personnage de Jesse Plemons. Le film s’ouvre donc sur une satire du présent pour se clôturer sur une satire de ce qui s’est passé, ou pour le dire autrement sur une satire d’anticipation. Cette dimension transforme alors l’apocalypse en reconstitution du désastre, comme une manière de rendre le futur déjà passé. Ainsi, si l’on ne peut plus faire de satire du présent, autant faire une satire de l’après. L’objectif de l’intrigue devient alors de faire rire sur les ruines du passé qui a amené le présent apocalyptique du film, car il faut bien ramener un peu de rire dans ce monde (futuriste) de désolation – sous-entendu que nous spectateurs, sommes en train de vivre ou vers lequel nous nous dirigeons irrémédiablement. Et la force du film réside dans le fait de questionner pourquoi il est ainsi, car dès le début quelque chose semble clocher. Cela vaut aussi bien pour les décors en huis-clos, que pour la distribution royale composée de nombreux acteurs récurrents d’Hollywood dans des rôles secondaires qui nous donne une impression à nous spectateurs de les connaître, comme si dans ce futur on reconnaissait ces figures historiques (ou du moins leurs caricatures). Néanmoins, la fin traînant quelque peu en longueur, le film aurait probablement gagné à conclure sur cette révélation interrogatrice plutôt que sur une fin visuellement plus explicite.

Un film qui demande à être digéré, « Digger » s’impose comme une œuvre qui – autant dans son propos que dans son contexte – aspire plus à la postérité qu’à un succès immédiat tant il rentrera dans les annales des récents naufrages au box-office. Il faut dire qu’il s’inscrit véritablement dans cette veine d’anti-blockbusters ou de blockbusters d’auteurs que Warner a cherché à financer dernièrement en misant sur un succès avant tout critique et cinéphilique plus que financier, et sur un équilibre annuel du studio maintenu par la réussite d’autres gros projets plus grand public. Ce fut notamment le cas l’an dernier de « Une Bataille Après L’Autre » qui avait déjà été loin d’être rentable mais avait eu un grand succès critique, du public et des Oscars et donc un gain de prestige plus que de dollars. Or, non seulement « Digger » a coûté encore plus cher et rapporte encore moins, mais il divise également beaucoup plus et le studio a cette année moins de chance d’équilibrer ses comptes au vu de ses autres gros projets. In fine, étant le dernier film sorti par Warner avant la fusion officielle avec Paramount (un studio qui prend beaucoup moins de risque et s’avère également endetté), cette satire sur la fin d’un monde pourrait bien se révéler être aussi le dernier de ce genre hybride – audacieux, risqué & à gros budget – marquant potentiellement la fin d’une époque à Hollywood …

Raphaël Sallenave

 

After a ten-year hiatus, Alejandro Iñárritu is back with a new high-concept film. The Mexican filmmaker, who has been embraced by Hollywood (Birdman; The Revenant; 21 Grams) teams up here with Tom Cruise for what is presented as a political satire tackling climate change and the inaction of those in power. Cruise once again shatters his hero image after two decades of action movies to portray a vile and grotesque oil tycoon with a distinctly Southern accent and a barely contained belly. The tone is unmistakably absurd, with a brisk pace where characters speak quickly and profusely, and a style that’s deliberately extravagant, over-the-top and outrageous – much like the title, whose comparative suffix underscores this drive for “more and more”: digging and digging until we reach our own graves. A title that refers to the protagonist’s nickname, since the oil spill –which serves as the catalyst for the plot – takes place in the Arctic for a reason: Mr. Rockwell has apparently already dug everywhere else, leaving only the polar regions to extract and ruin. And he is a character who literally never goes outside; he is always indoors – and especially at home, to the point that the President comes to him rather than the other way around – yet he is constantly surrounded by murals depicting nature, while he himself symbolizes its very destruction.

But while there are certainly echoes of “Dr. Strangelove” or “Don’t Look Up” in “Digger”, this is merely the gateway to a film that holds several surprises – and we won’t spoil the fun, especially since, for once, the marketing campaign for a film of this magnitude is also keeping them under wraps. Satire is, in fact, merely the tip of the drifting iceberg embodied by this film – which is less comical and entertaining than it seems, but ultimately smarter and more original. For while satire may have had its work cut out lately, given how much exaggeration is needed to try to surpass the excesses of reality, fictional irony can then become nothing more than a simple (bitter) reflection of current events, at the risk of stating the obvious. “Digger” can therefore either delve deeper into its subject or take a different turn. And by choosing the latter – a decision that will certainly divide audiences due to the disruption of the viewer’s immersion it causes – the film offers a tangent that proves interesting, intriguing, and surprising. This undeniably makes it lose some of its humor and comic effect, but adds a new dimension that not only provides justification and understanding for the over-the-top performances of the entire cast as well as for the artificiality of the sets, but also transforms this narrative into a kind of theatrical experience.

While this shift creates a sense of distance, it also expands the scope of this fictional world before introducing another revelation that ultimately transforms the very nature of the film. After offering us a satirical introduction to the state of the modern world and its overexploitation, “Digger” thus shifts into the very construction of a satire before shifting again to its relevance and scope through the character of Jesse Plemons. The film thus opens with a satire of the present and closes with a satire of what has happened – or, in other words, with a satire of the future. This dimension then transforms the apocalypse into a reenactment of the disaster, as a way of making the future seem like the past. Thus, if we can no longer use satire to address the present, we might as well use it to address the aftermath. The plot’s objective then becomes to make us laugh at the ruins of the past that led to the film’s apocalyptic present, because we need to bring a little laughter back into this (futuristic) world of desolation – implying that we, the audience, are either already living in or are irrevocably heading toward. And the film’s strength lies in questioning why things are this way, because from the very beginning, something seems off. This applies both to the closed-door settings and to the star-studded cast, featuring numerous recurring Hollywood actors in supporting roles which gives us, the audience, the impression that we know them, as if in this future we were recognizing these historical figures (or at least their caricatures). Nevertheless, since the ending drags on a bit, the film would likely have benefited from wrapping up with this thought-provoking revelation rather than with a more visually explicit conclusion.

“Digger” is a film that takes some time to digest; and it stands out as a work that – both in its subject matter and its context – strives more for posterity than for immediate success, as it will surely go down as one of the biggest recent box-office flops. It must be said that it truly fits into the trend of anti-blockbusters (or auteur blockbusters) that Warner has sought to finance recently, banking on success primarily with critics and cinephiles rather than financial returns, and relying on the studio’s annual balance being kept afloat by the successes of other major projects aimed at a broader audience. This was notably the case last year with “One Battle After Another”, which had already been far from profitable but had enjoyed great success with critics, audiences, and at the Oscars – and thus brought in more prestige than dollars. However, not only did “Digger” cost even more and bring in even less, but it has also been far more divisive, and the studio has a slimmer chance this year of balancing its books given its other major projects. Ultimately, as the last film released by Warner before its official merger with Paramount (a studio that takes far fewer risks and is also in debt), this satire about the end of a world could very well turn out to be the last of its hybrid kind – bold & risky with big-budget – potentially marking the end of an era in Hollywood…

Raphaël Sallenave

Eddington
Don't Look Up
Mickey 17