Rsg Production

Rose

 
Ours d’Argent (Meilleure interprétation) – Berlin

2026

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On ne connaît pas son nom, on ne sait presque rien de son passé, on ignore presque tout de lui – peut-être parce que ce n’est pas tout à fait lui. Et c’est ainsi que débute l’histoire de « Rose », où un mystérieux soldat s’installe dans une petite communauté rurale.

Porté par une Sandra Hüller résolument talentueuse, le long-métrage est une démonstration de jeu d’actrices et acteurs (professionnels ou non) dont les répliques, les regards, les actions, les réactions ou plus simplement la présence nous ancrent dans une époque et dans un lieu à la fois flous et circonscrits. Cette affirmation des personnages principaux comme secondaires se fait en effet dans un environnement a priori enchanteur mais en réalité hostile, sur le plan naturel autant que sur le plan social : la quiétude des villageois et de leurs prés et champs côtoie ainsi une forêt quelquefois dangereuse et au climat parfois capricieux, tandis qu’une certaine norme codifiée vernit des situations souvent difficiles.

Et notre soldat se trouve justement dans une situation difficile, bien plus encore que d’autres locaux. Perçu comme un étranger, il doit redoubler d’efforts – physiques avec sa ferme, moraux avec sa femme – afin d’obtenir une légitimité communautaire. Mais surtout, pour vivre et surtout survivre, il est contraint de tromper, d’escroquer, d’occulter, car il n’est pas vraiment ce qu’il prétend être, jusqu’à ce que quelqu’un le découvre…

« Rose » constitue un drame historique recoupant les parcours étonnants et méconnus de nombreuses personnes réelles de tous temps qui, au nom de motifs qui peuvent différer, ont choisi de transgresser leur identité afin d’exister d’une façon différente de ce que la société leur aurait imposé. Le film expose clairement le poids de la norme et en particulier de la religion dans le lissage oppressant des individus, quitte à cantonner ces derniers dans des cases réductrices – et facilement rendues caduques.

La « révélation » sur le personnage principal met ainsi à mal les hiérarchies sociales établies, même au sein de sa propre famille ; Suzanna (l’épouse du soldat) prend d’ailleurs alors une dimension hautement plus intéressante que ce qu’elle inspire au départ. Sont par conséquent rebattues les relations de pouvoir et les inégalités de genre, un être humain étant « plus libre en pantalon », ce renversement dérangeant évidemment les institutions. Se pose ainsi la question fondamentale de « Rose » : pour être libre, dois-je oublier et faire oublier ce que je suis censé·e être ? L’identité, qu’elle soit imposée ou choisie, demeure donc une forme de carcan, qu’importe le système social.

D’où un noir et blanc qui brouille l’atmosphère générale de l’intrigue, sans pour autant lui ôter sa singularité. La photographie, douce, propre et maîtrisée, joue ainsi avec les contrastes et met en valeur autant les paysages picturaux que les intérieurs sombres. De même que la relative et dense lenteur (et non longueur) du film qui permet de capturer au mieux les émotions et sentiments des personnages – dans leurs silences nécessaires comme dans leurs dialogues souvent percutants. Enfin, même si dans ce film, finalement assez universel, tout n’est pas dit mais tout peut se comprendre, la narratrice externe agrémente notre imagination grâce à des interventions pertinentes (parfois très cocasses voire abjectes).

Tout dans la conception méticuleuse de « Rose » confirme donc le caractère fondamentalement tragique de l’intrigue, faisant de son sujet un exemple de la difficulté d’affirmer son identité et d’accéder à ses désirs dans une société verrouillée. Et le résultat est sublime.

Axel Chevalier

 

We don’t know his name, we know almost nothing about his past, and we know almost nothing about him – perhaps because it isn’t really him. And that’s how the story of “Rose” begins, in which a mysterious soldier settles into a small rural community.

Led by the undeniably talented Sandra Hüller, the film showcases the performances of actors and actresses – both professional and non-professional – whose lines, glances, actions, reactions, or simply their presence ground us in a time and place that are at once vague and distinct. This portrayal of both the main and supporting characters takes place in an environment that appears enchanting at first glance but is in reality hostile, both in terms of nature and society: the tranquility of the villagers and their meadows and fields coexists with a forest that is at times dangerous and has a sometimes unpredictable climate, while a certain codified norm masks often challenging situations.

And our soldier finds himself in a particularly difficult situation—far more so than other locals. Perceived as an outsider, he must double his efforts – physically on his farm, emotionally with his wife – to gain acceptance within the community. But above all, in order to live and, above all, to survive, he is forced to deceive, swindle, and conceal the truth, because he isn’t really who he claims to be – until someone finds out…

“Rose” is a historical drama that weaves together the astonishing and little-known life stories of many real people throughout history who, for various reasons, chose to defy their assigned identities in order to live in a way different from what society would have imposed on them. The film clearly illustrates the weight of social norms – and religion in particular – in the oppressive homogenization of individuals, even if it means confining them to reductive – and easily outdated – categories.

The “revelation” about the main character thus undermines established social hierarchies, even within her own family; the soldier’s wife, in fact, takes on a far more interesting dimension than she initially suggests. Consequently, power dynamics and gender inequalities are turned upside down, as a human being is “freer in pants” – a reversal that obviously unsettles institutions. This raises the fundamental question addressed by “Rose”: to be free, must I forget – and make others forget – who I am supposed to be? Identity, whether imposed or chosen, thus remains a form of shackle, regardless of the social system.

Hence the black-and-white cinematography, which blurs the overall atmosphere of the plot without, however, detracting from its uniqueness. The cinematography – soft, clean, and sophisticated – plays with contrasts and highlights both the picturesque landscapes and the dark interiors. Likewise, the film’s relative, dense slowness (not length) allows it to best capture the characters’ emotions and feelings – both in their necessary silences and in their often-striking dialogue. Finally, even though in this ultimately quite universal film not everything is said but everything can be understood, the offscreen narrator enriches our imagination with her pertinent (and at times very amusing or even abject) insights.

Everything about the meticulous design of “Rose” thus underscores the inherently tragic nature of the plot, making its subject a prime example of the difficulty of asserting one’s identity and fulfilling one’s desires in a repressive society. And it’s absolutely stunning.

Axel Chevalier

Sound of Falling
Sissi et Moi
Passing