Rsg Production

Cotton Queen

 
Alexandre d’Or – Thessalonique

2026

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Peu de films parlent du Soudan. Encore moins ont été tournés dans le pays. Et même si celui-ci est réalisé par une Soudanaise avec des Soudanais, il n’échappe pas à la règle, rattrapée par la réalité sécuritaire de son pays. Initialement prévu dans la région de Gezira, le tournage a dû être déplacé en Egypte suite à l’éclatement de la guerre civile en 2023 pour y recréer l’ambiance des villages soudanais. Si ce travail de décors est à souligner pour sa qualité d’immersion, il illustre aussi les difficultés inhérentes au cinéma local qui fait de ce film une rare fenêtre sur un monde en grande partie oublié du septième art.

Premier long-métrage de Suzannah Mirghani, et premier film d’une femme soudanaise qui plus est, « Cotton Queen » arrive jusqu’à nos salles européennes grâce à une coproduction internationale qui fait de ce film arabophone un objet rare dans nos salles obscures. Si son cadre narratif l’est moins avec un schéma légèrement préconçu, il offre néanmoins entre mémoire de la décolonisation et récit d’émancipation, un beau portrait de femmes en lutte entre délicatesse et brutalité. Bien loin des préoccupations politiques qui mettent actuellement le Soudan sur la carte au gré de ses révolutions et indépendances, ce film se concentre sur la profonde relation avec leur terre et leur coton qu’on les villageois, ainsi que les différents rôles que les femmes peuvent représenter dans la société.

Il met en scène une jeune génération de cueilleuses de coton, la première génération à n’avoir rien connu de la colonisation ou de la décolonisation et donc pour qui ces récits de dominations anglaises sont de l’ordre du mythe historique, contrairement à Al Sit, la matriarche du village qui a dû se battre à son époque pour survivre et répondre à la violence du colonialisme. Parmi cette bande de jeunes filles qui passent leurs journées à cueillir par milliers ces fleurs blanches et duveteuses avant de se réserver quelques moments repos et de baignade dans la rivière locale, l’existence paisible de Nafisa qui aime écouter les récits du passé (en tentant de reconstituer leur chronologie), va se voir bouleversée par l’arrivée d’un homme d’affaire soudanais venu transformer le coton naturel et pur de la région en produit génétiquement modifié pour résister aux maladies et ainsi augmenter la productivité. Notre jeune protagoniste (dont le nom signifie ‘précieux’) va alors devoir trouver son propre chemin vers l’indépendance face à cette nouvelle forme de domination prédatrice.

Entrelaçant les questions d’héritage colonial, de capitalisme ravageur et d’émancipation féminine, « Cotton Queen » s’impose comme un film de rivière, un film qui prend le temps de voguer entre ses sujets dans un récit empreint d’un réalisme qui touche au merveilleux (à travers les apparitions d’un cupidon aux ailes noires ou à travers la peur prémonitoire d’une maison hantée). C’est une fable moderne qui aborde aussi le poids des traditions, le souvenir des excisions ou encore la persistance des mariage forcés dans un récit d’apprentissage dont la belle photographie sublime le visage de ces femmes, et en premier lieu celui de l’héroïne interprétée avec sensibilité par Mihad Murtada.

Raphaël Sallenave

 

Few films are about Sudan. Even fewer have been shot in the country. And even though this one was directed by a Sudanese woman with a Sudanese cast, it is no exception to the rule, hampered by the reality of the security situation in the country. Originally planned to be shot in the Gezira region, filming had to be moved to Egypt following the outbreak of the civil war in 2023 in order to recreate the atmosphere of Sudanese villages there. While this set design deserves praise for its immersive quality, it also illustrates the inherent challenges facing locally produced cinema, making this film a rare window into a world largely overlooked by the film industry.

“Cotton Queen” is Suzannah Mirghani’s debut feature film – and, incidentally, the first film directed by a Sudanese woman – and is making its way to European theaters thanks to an international co-production that makes this Arabic-language film a rare viewing experience in our cinemas. While its narrative framework is less original – with a slightly formulaic structure – it nonetheless offers, between reflections on decolonization and a story of emancipation, a beautiful portrait of women caught between delicacy and brutality. Far removed from the political concerns that are currently putting Sudan in the spotlight amid its revolutions and struggles for independence, this film focuses on the deep connection the villagers have with their land and their cotton, as well as the various roles women play in their society.

It features a young generation of cotton pickers, the first generation to have known nothing of colonization or decolonization and for whom, therefore, these tales of British domination are little more than historical myth – unlike Al Sit, the village matriarch, who had to fight in her day to survive and withstand the violence of colonialism. Among this group of young women who spend their days picking thousands of these white, fluffy flowers before taking a few moments to rest and bathe in the local river, Nafisa’s peaceful existence – as she loves to listen to stories of the past (while trying to piece together their timeline) – will be turned upside down by the arrival of a Sudanese businessman who has come to transform the region’s natural, pure cotton into a genetically modified product designed to be resistant to disease and thus increase productivity. Our young protagonist (whose name means “precious”) will then have to find her own path to independence as she faces this new form of abusive domination.

Weaving together themes of colonial legacy, destructive capitalism, and women’s empowerment, “Cotton Queen” stands out as a ‘river film’, a film that takes its time drifting between its themes in a narrative imbued with a realism that borders on the fantastical (through the appearances of a black-winged Cupid or the foreshadowing fear of a haunted house). This is a modern fable that also addresses the weight of traditions, the memory of female mutilation, and the persistence of forced marriages in a coming-of-age story whose beautiful cinematography beautifully captures the faces of these women, foremost among them the heroine, delicately portrayed by Mihad Murtada.

Raphaël Sallenave

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