Mata
2026

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Après une mission qui tourne mal au Niger, une opératrice du service action de la DGSE se retrouve rapatriée à Paris pour récupérer suite à sa blessure. Alors qu’elle brûle de retourner sur le terrain, la direction préfère la charger de former une prometteuse recrue pour faire la liaison avec la DGSI lui laissant peu de manœuvre pour enquêter en douce sur les étonnantes circonstances de l’échec de sa mission au Sahel … Quelque part entre « Le Bureau des Légendes », « Les Patriotes » (également) d’Éric Rochant ou « Les Trois Jours du Condor » de Sydney Pollack, « Mata » nous embarque dans un vrai jeu de dupes qui n’emprunte ni à James Bond ni à James Le Carré. Assez original dans le paysage cinématographique français, ce thriller d’espionnage au féminin plutôt anti-spectaculaire, développe une enquête absolument passionnante, bien plus intéressée par la psyché de sa protagoniste que par l’accumulation de scènes d’action.
Après « Mon Légionnaire » (2021), long métrage documenté sur l’armée appréhendée à hauteur du couple, la scénariste et réalisatrice Rachel Lang continue d’ausculter le milieu militaire en explorant les émotions de ces soldats de l’ombre. Cette ex-légionnaire et membre de la réserve opérationnelle de l’armée de terre depuis plus de vingt ans tire ainsi de son expérience personnelle pour soulever habilement des enjeux à la fois personnels et géopolitiques dans un polar psychologique où l’action est avant tout bureaucratique au gré de quelques surveillances atones qui installent un étrange fatalisme dans un faux-calme finalement et étonnamment menaçant. Interprétée avec conviction par Eye Haïdara (aux côtés des très justes Joséphine Japy et Raphaël Personnaz), c’est l’introspection d’une femme obstinée et taiseuse qui ne montre jamais qu’elle craque bien qu’elle s’aventure peu à peu dans un labyrinthe de paranoïa – d’où le choix de cette scène dans la pénombre où elle est entourée de supérieurs silencieux face à son récit et ses questions comme plan d’ouverture installant immédiatement un doute ambiant.

D’une grande maîtrise dans sa mise en scène et son scénario, « Mata » s’impose comme un film d’espionnage très abouti jusque dans un nom de protagoniste qui donne son titre au film et fait à la fois référence à Mata Hari (fusillée pour espionnage pendant la Première Guerre mondiale) et sert de pseudonyme tranchant caractérisant parfaitement les risques du métier (dans sa traduction espagnole « tue »). Dans un étalonnage froid et une musique angoissante de Yuksek (Les Fantômes), la réalisation sophistiquée joue des ombres et des reflets pour développer son intrigue dans deux mondes distincts mais parallèles, ceux de la sécurité (extérieure & intérieure) et montrer comment les services se servent les uns des autres. Le contraste entre la DGSE et la DGSI est ainsi frappant dans des décors très antinomiques, souterrains et ténébreux dans un style de bunker lugubre et militaire pour les uns, et dans les hauteurs des bureaux d’une tour moderne de Paris observant la ville dont les nombreuses vitres font entrer la lumière pour les autres.
Plus un film d’enquête que d’infiltration, cet excellent polar d’espionnage interroge la notion de vérité dans une troublante et introspective intrigue sur un maillon d’une grande chaîne qui dépasse de loin notre protagoniste et donc notre horizon (sans vision globale de la situation). En somme, c’est un thriller haletant et réaliste sur l’illusion de contrôle, sur ce sentiment persistant d’impuissance qui pousse à la déception, la suspicion et la méfiance. Comme si tout le film avait finalement été sans incidence sur l’affaire que Mata traque tout du long ?
Raphaël Sallenave
After a mission in Niger goes awry, a field agent with the DGSE is sent back to Paris to recover from her injuries. Though she is eager to get back in the field, her superiors instead assign her the task of training a promising recruit to serve as a liaison officer with the DGSI, leaving her little room to quietly investigate the surprising circumstances surrounding the failure of her mission in the Sahel… Somewhere between Éric Rochant’s “Le Bureau des Légendes” and “Les Patriotes” or Sydney Pollack’s “Three Days of the Condor”, “Mata” takes us on a true game of deception that borrows from neither James Bond nor James Le Carré. Quite original in the French film industry, this rather unspectacular female-led spy thriller unfolds an absolutely gripping investigation, far more interested in the protagonist’s psyche than in a succession of action scenes.
After “Mon Légionnaire” (2021), a very documented film that examined the military through the lens of a couple’s relationship, screenwriter and director Rachel Lang continues to dissect the military world by exploring the emotions of these soldiers of the shadows. This former legionnaire and member of the Army’s operational reserve for over twenty years draws on her personal experience to skillfully raise both personal and geopolitical issues in a psychological thriller where the action is primarily bureaucratic, unfolding through a series of lackluster surveillance scenes that instill a strange fatalism in a false calm that is ultimately and surprisingly threatening. Convincingly portrayed by Eye Haïdara (alongside the spot-on performances of Joséphine Japy and Raphaël Personnaz), this is the introspection of a stubborn, secretive woman who never shows that she is breaking down, even as she gradually ventures into a maze of paranoia – hence the choice of this opening scene in the dim light, where she is surrounded by silent superiors as she recounts her story and asks her questions, immediately establishing a sense of doubt.
With masterful direction and screenwriting, “Mata” stands out as a highly accomplished spy film, right down to the protagonist’s name – which lends the film its title and references both Mata Hari (executed for espionage during World War I) and serves as a stark nickname that perfectly captures the risks of the profession (in Spanish, “mata” means “kills”). With a cool color grading and the unsettling music of Yuksek (Les Fantômes), the sophisticated direction plays with shadows and reflections to unfold its plot across two distinct yet parallel worlds – those of national security (foreign and domestic) – and to show how the agencies exploit each other. The contrast between the DGSE and the DGSI is thus striking in starkly opposing settings: underground and gloomy, in a grim, military bunker-style for the former, and high up in the offices of a modern Parisian tower overlooking the city, with light streaming in through its many windows, for the latter.
More of a detective story than an undercover thriller, this excellent spy film questions the notion of truth in a disturbing and introspective plot about a single link in a vast chain that far exceeds our protagonist’s – and thus our own – horizon (without a comprehensive view of the situation). In short, it is a gripping and realistic thriller about the illusion of control, about that persistent feeling of powerlessness that leads to disappointment, suspicion, and mistrust. As if the entire film ultimately had no bearing on the case that Mata has been pursuing all along?
Raphaël Sallenave