Rsg Production

Antidisturbios

 
[TV]
Mini-série/Miniseries
 
Best Fiction Series – Iris ATV
Best Screenplay – Iris ATV
Best Direction – Iris ATV
Best Actor – Iris ATV

2020

FR                   EN

 

En plein Madrid, une brigade de police antiémeute (nos CRS) procède à une expulsion dans un immeuble insalubre où logent des locataires en défaut de paiement et de jeunes migrants. La tension monte puis la situation dégénère dans un chaos qui tourne au drame. S’ensuit alors l’enquête de la police des polices qui s’avèrera bien plus large que prévue …

C’est d’abord l’histoire d’une enquête de responsabilités du plus jeune policier à son chef en passant par le juge qui fait appliquer la loi quand d’autres auraient peut-être reporté cette expulsion. Les affaires internes passent cette affaire au crible au point d’en découvrir une ampleur inattendue. Mais au final dans l’intrigue, cette enquête importe moins que le portrait de ses personnages à mesure que la trame alterne entre l’enquêtrice – dont le dévouement à une cause juste est extrêmement bien illustré dès la scène d’introduction de la série au cours d’une partie de Trivial Pursuit en famille – et les six policiers impliqués en explorant les conséquences intimes de cette affaire sur leur quotidien et leur famille à travers des difficultés personnelles, financières et psychologiques. « Antidisturbios » prend ainsi à la fois le temps de montrer l’ampleur du processus de préparation des dossiers de justice, tout en dressant un portrait particulièrement humain de l’ensemble de ses personnages dans une vraie progression morale qui les voit tous évoluer.

Cette ambiguïté morale, récurrente dans la filmographie de Rodrigo Sorogoyen, nous questionne ainsi tout au long de ce formidable polar social. Première série du cinéaste espagnol derrière le polar trouble « Que Dios nos perdone », le thriller politique « El Reino », le drame intimiste « Madre », le western pyrénéen « As Bestas » ou encore le portrait d’absence « El Ser Querido », qu’il co-créé avec sa fidèle scénariste Isabel Peña, « Antidisturbios » s’impose comme un mélange de réalisme social, de suspense plein de tension et de critique politique virulente. La mini-série (6 épisodes) explore, comme souvent dans leurs films, la violence qui surgit du quotidien et du banal en mettant en scène des personnages constamment à la limite de l’explosion.

Il serait tentant soit de déshumaniser les forces de l’ordre, soit au contraire, de les déresponsabiliser. Mais Peña et Sorogoyen ne tombent pas dans le manichéisme et montrent la police comme un corps traversé par de multiples enjeux et tensions, et des CRS qui font un métier ingrat méprisé par la société et pourtant indispensable. Les cinéastes ne nous demandent pas de pardonner l’impardonnable mais bien de percevoir les ficelles d’un plus grand jeu, car « Antidisturbios » parle aussi de corruption dans sa seconde partie. Crédibilité, nuances et subtilités sont ici les maîtres-mots d’un scénario intelligent qui aborde des thématiques brûlantes, à commencer par les violences policières bien-sûr, mais aussi de manière sous-jacente l’immigration, et de manière plus large un système en crise.

Portée par les superbes performances de Victoria Luengo, Hovik Keuchkerian, Álex García et Raúl Arévalo notamment, la série offre une enquête, des personnages et une mise en scène de qualité (dont un superbe plan-séquence de tension au restaurent). Celle-ci évolue ainsi d’un premier épisode filmé caméra à l’épaule au gré d’un montage saccadé pour nous plonger de façon quasi documentaire au plus près du chaos de la situation et du quotidien de ces policiers, pour finir sur un cadre fixe et un montage plus posé qui s’éloigne progressivement de ses personnages à mesure que l’on prend du recul pour juger leurs actions.

Excellente mini-série espagnole diffusée par Movistar et Canal+ en France lors de sa sortie, elle est désormais disponible chez nous sur Disney+.

Raphaël Sallenave
 

{English below & Español al final}

In the heart of Madrid, a riot police unit carries out an eviction at a dilapidated building housing tenants who are behind on their rent and young migrants. Tensions arise and the situation spirals into chaos, leading to a tragic outcome. This is followed by an internal police investigation that turns out to be much more extensive than anticipated…

First and foremost, this is the story of an investigation into who is responsible – from the youngest police officer to his chief, including the judge who enforces the law when others might have postponed the eviction. Internal Affairs scrutinizes this case so thoroughly that they uncover an unexpected scope to it. But ultimately, in the plot, this investigation matters less than the portrayal of its characters as the narrative alternates between the investigator – whose dedication to a just cause is extremely well illustrated from the series’ opening scene during a family game of Trivial Pursuit – and the six police officers involved, exploring the intimate consequences of this case on their daily lives and families through personal, financial, and psychological struggles. “Antidisturbios” thus takes the time to show the scope of the process involved in preparing legal cases, while also painting a particularly human portrait of all its characters through a genuine moral arc that sees them all grow and evolve.

This moral ambiguity, a recurring theme in Rodrigo Sorogoyen’s filmography, keeps us questioning throughout this remarkable social thriller. This is the Spanish filmmaker’s first series, following the unsettling crime mystery “Que Dios nos perdone,” the political thriller “El Reino,” the intimate drama “Madre,” the Pyrenean western “As Bestas,” and the study of absence “El Ser Querido,” which he co-created with his longtime screenwriter Isabel Peña. “Antidisturbios” stands out as a blend of social realism, high-tension suspense, and scathing political criticism. The miniseries (6 episodes) explores – as is often the case in their films – the violence that erupts from the everyday and the mundane, featuring characters constantly on the verge of snapping.

It would be tempting either to dehumanize law enforcement or, conversely, to absolve them of responsibility. But Peña and Sorogoyen avoid falling into black-and-white thinking and portray the police as a force grappling with multiple challenges and tensions, and the riot police as people doing a thankless job that is despised by society yet indispensable. The filmmakers aren’t asking us to forgive the unforgivable, but rather to see the threads of a larger game, because “Antidisturbios” also addresses corruption in its second half. Credibility, nuance, and subtlety are the hallmarks of an intelligent screenplay that tackles pressing issues – starting, of course, with police violence, but also, on a deeper level, immigration, and, more generally, a system in crisis.

Driven by the superb performances of Victoria Luengo, Hovik Keuchkerian, Álex García, and Raúl Arévalo, among others, the series offers a compelling investigation, well-developed characters, and high-quality direction (including a superb, tension-filled long take at the restaurant). The series evolves from a first episode shot with a handheld camera and featuring jerky editing, giving us an almost documentary-style, up-close look at the chaos of the situation and the daily lives of these police officers, to a final episode with a static frame and a more measured editing style that gradually distances itself from the characters as we take a step back to assess their actions.

Raphaël Sallenave

ESPAÑOL

En pleno centro de Madrid, una brigada de policía antidisturbios lleva a cabo un desalojo en un edificio en mal estado donde viven inquilinos morosos y jóvenes migrantes. La tensión va en aumento y la situación degenera en un caos que acaba convirtiéndose en una tragedia. A continuación, se pone en marcha la investigación de la policía interna, que resultará mucho más amplia de lo previsto…

En primer lugar, es la historia de una investigación sobre las responsabilidades, desde el policía más joven hasta su jefe, pasando por el juez que hace cumplir la ley cuando otros quizá habrían aplazado esa expulsión. Asuntos Internos examina este caso con lupa hasta descubrir un alcance inesperado. Pero, al final, en la trama, esta investigación importa menos que el retrato de sus personajes, a medida que la trama alterna entre la investigadora – cuya dedicación a una causa justa queda muy bien ilustrada ya desde la escena introductoria de la serie, durante una partida familiar de Trivial Pursuit – y los seis policías implicados, explorando las consecuencias íntimas de este caso en su vida cotidiana y en sus familias a través de dificultades personales, económicas y psicológicas. «Antidisturbios» se toma así el tiempo necesario para mostrar la magnitud del proceso de preparación de los expedientes judiciales, al tiempo que traza un retrato especialmente humano de todos sus personajes en una auténtica evolución moral que los ve a todos crecer.

Esta ambigüedad moral, recurrente en la filmografía de Rodrigo Sorogoyen, nos hace reflexionar a lo largo de este formidable thriller social. Primera serie del cineasta español tras el oscuro polar «Que Dios nos perdone», el thriller político «El Reino», el drama intimista «Madre», el western pirenaico «As Bestas» o el retrato de la ausencia «El Ser Querido», que co-creó con su fiel guionista Isabel Peña, «Antidisturbios» se impone como una mezcla de realismo social, suspense cargado de tensión y crítica política virulenta. La miniserie (6 episodios) explora, como suele ocurrir en sus películas, la violencia que surge de lo cotidiano y lo banal, poniendo en escena a personajes que se encuentran constantemente al borde de la explosión.

Podría ser fácil deshumanizar a las fuerzas del orden o, por el contrario, eximirlas de toda responsabilidad. Pero Peña y Sorogoyen no caen en el maniqueísmo y muestran a la policía como un cuerpo atravesado por múltiples retos y tensiones, y a los antidisturbios como personas que ejercen un oficio ingrato, despreciado por la sociedad y, sin embargo, indispensable. Los cineastas no nos piden que perdonemos lo imperdonable, sino que percibamos los hilos de un juego más amplio, ya que «Antidisturbios» también aborda la corrupción en su segunda parte. Credibilidad, matices y sutilezas son aquí las palabras clave de un guion inteligente que aborda temas candentes, empezando, por supuesto, por la violencia policial, pero también, de forma subyacente, la inmigración y, en un sentido más amplio, un sistema en crisis

Gracias a las magníficas interpretaciones de Victoria Luengo, Hovik Keuchkerian, Álex García y Raúl Arévalo, entre otros, la serie ofrece una investigación, unos personajes y una puesta en escena de gran calidad (entre los que destaca un magnífico plano secuencia lleno de tensión en el restaurante). Así, la serie evoluciona desde un primer episodio rodado con la cámara al hombro y con un montaje entrecortado – que nos sumerge, casi a modo de documental, en el caos de la situación y en el día a día de estos policías – hasta terminar con un plano fijo y un montaje más pausado que se aleja progresivamente de los personajes a medida que tomamos distancia para juzgar sus acciones.

Raphaël Sallenave
Dossier 137
El Ser Querido
En los Margenes