Rsg Production

Saccharine

 

2026

FR                   EN

 

Le sulfinide benzoïque, plus communément appelé saccharine, est le plus ancien des édulcorants artificiels, découvert à la fin du XIXe siècle. Cette molécule est depuis l’un des principaux substituts du sucre à l’échelle mondiale. Elle donne aussi son nom à ce film d’horreur australien réalisé par Natalie Erika James – qui a puisé dans ses propres souvenirs et traumas afin de créer ce long-métrage étonnant.

Fusionnant le body horror et le surnaturel, mais invoquant aussi des angoisses personnelles et des sujets de société, « Saccharine » prend de fait une trajectoire inattendue dès ses premières minutes. Le ton général du film, assez décalé et presque anti-conformiste, oscille par conséquent entre le dramatique, le cauchemardesque et l’absurde – quitte à infuser un peu de confusion sur la nature des hantises qui troublent l’héroïne.

Cette dernière, justement, prénommée Hana, est une étudiante en médecine qui cherche à perdre du poids. Un chouïa entichée par une influenceuse fitness, elle se met donc au sport, mais ça ne suffit pas ; jusqu’à ce qu’elle entende parler d’une pilule miracle (qu’elle parvient à reproduire elle-même) aux résultats impressionnants mais aux effets indésirables embêtants.

Hana ne parvient pas à calmer sa boulimie aux épisodes gargantuesques – alimentée elle-même par la honte de son propre reflet face aux sempiternels standards de beauté et de corpulence – et se retrouve ainsi prisonnière (psychiquement comme paranormalement) d’une addiction à la fois vitale et mortifère : la nourriture.

« Saccharine » présente ainsi la bouffe comme une drogue motrice de désir et de plaisir, mais aussi de frustration immense lorsqu’elle s’oppose aux injonctions sociétales qui imposent un contrôle des corps. Or, les crises et privations que s’infligent Hana (et qui viennent de surcroît de deux cas familiaux extrêmes) ne se font pas sans conséquences : ni sur elle qui s’amaigrit dangereusement, ni sur ses proches qui ne la reconnaissent plus et littéralement la voient se réduire, obsédée par son corps devenu et doublé d’un fantôme.

L’histoire de Hana, certes fantasmée dans un cadre d’épouvante innovant, constitue ainsi une réflexion singulière sur notre rapport aux apparences et sur les dangers effroyablement banalisés des troubles du comportement alimentaire – qui se cachent souvent désormais dans le gobage de médicaments moyennement salvateurs, dans la pratique hyper-excessive d’une activité physique, ou dans la soumission à une séquestrante orthorexie, les trois reflétant un mal-être abyssal difficilement soignable au regard de notre monde de façade(s).

Axel Chevalier

 

Benzoic sulfinide, more commonly known as saccharin, is the oldest artificial sweetener, discovered in the late 19th century. Since then, this molecule has been one of the world’s leading sugar substitutes. It also lends its name to this Australian horror film directed by Natalie Erika James – who drew on her own memories and traumas to craft this astonishing motion picture.

Blending body horror with the supernatural, while also exploring personal anxieties and social issues, “Saccharine” takes an unexpected turn right from the opening minutes. The film’s overall tone – quite quirky and almost nonconformist – therefore switches between the dramatic, the nightmarish, and the absurd – even if it means creating a bit of confusion about the nature of the fears that plague the heroine.

Hana, as it happens, is a medical student trying to lose weight. Slightly smitten by a fitness influencer, she starts working out, but that isn’t enough – until she hears about a miracle pill (which she manages to recreate herself) that delivers impressive results but comes with annoying side effects.

Hana is unable to overcome her binge-eating episodes – fueled by the shame she feels when she sees her own reflection in the face of the never-ending standards of beauty and body image – and thus finds herself trapped (both psychologically and paranormally) in an addiction that is both vital and deadly: food.

“Saccharine” thus depicts food as a drug that fuels desire and pleasure, but also immense frustration when it clashes with societal norms that impose control over the body. However, the crises and deprivations that Hana inflicts on herself (and which, moreover, stem from two extreme family situations) are not without consequences: neither for her, as she grows dangerously thin, nor for her loved ones, who no longer recognize her and literally watch her waste away, obsessed with her body, which has become a mere shadow of its former self.

Hana’s story – admittedly imagined within an innovative horror framework – thus offers a unique reflection on our relationship with appearances and on the terrifyingly trivialized dangers of eating disorders – which are now often hidden in the overconsumption of only moderately effective medications, in the excessive pursuit of physical activity, or in the submission to restrictive orthorexia, all three of which reflect a profound sense of unease that is difficult to treat in a world of facades.

Axel Chevalier

The Ugly Stepsister
The Substance