Rsg Production

Mon Grand Frère et Moi

 
兄を持ち運べるサイズに – Ani o mochihakoberu saizu ni
(Bring Him Down to a Portable Size)
 

2026

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“Pour vous, c’est quoi la famille ?” cette question interroge plus que de raison notre protagoniste pour qui la famille se limite alors à son mari et leurs deux fils. Mais ce serait omettre son frère aîné qui lui a toujours compliqué la vie. Lorsqu’elle apprend son décès, c’est donc sans émotion excessive qu’elle part rejoindre son ex-belle-sœur pour, une nouvelle fois, s’occuper des affaires d’un frère chaotique et menteur. Entre confidences et fous rires inattendus, cette romancière habituée à s’inventer des histoires va pouvoir en écrire ou en réécrire une nouvelle à mesure qu’elle redécouvre son frère …

Adapté d’une part de l’essai autobiographique de Riko Murai, et d’autre part des souvenirs de l’autrice, ainsi que des propres réflexions du cinéaste sur ce sujet qui le travaille, « Mon Grand Frère et Moi » explore les liens familiaux et les variations de perception d’une même personne d’un individu à l’autre. Il montre ainsi comment ceux qui restent s’efforcent de vivre après la disparition d’un proche, mais dresse aussi un portrait du disparu qui se dessine à travers l’image qu’en livrent ceux qui l’ont connu. Le film ausculte ainsi la relation conflictuelle de Riko et de son frère (qui n’a d’ailleurs pas d’autre nom – conférant une dimension assez universelle à ces questionnements), dont le personnage évolue à travers les regards des autres. D’abord très à charge, le tableau gagne progressivement en épaisseur dans une fine écriture tout en nuances qui donne autant de place aux qualités qu’aux défauts des protagonistes.

Après l’excellent « La Famille Asada », Ryōta Nakano signe une nouvelle comédie humaine qui oscille entre rires et larmes. Quel que soit le sérieux du sujet, son style consiste à mettre en lumière la tendresse et le comique d’êtres humains attachants dans des situations difficiles. Il aime faire des films fondamentalement optimistes dans un formidable et déconcertant travail d’équilibriste où la mort n’est jamais ici un sujet pesant mais devient plutôt un espace de connexion inattendue. Même s’il s’agit de la fin d’une vie, on ne peut ainsi s’empêcher de sourire dans ce beau film à la sensibilité et la délicatesse japonaises porté par un formidable petit casting de seulement cinq acteurs autour d’une Kō Shibasaki dans un rôle inhabituel à contre-emploi, d’un Joe Odagiri joyeusement loufoque et d’une Hikari Mitsushima remarquable de bienveillance entre sentiment et ressentiment.

Dans une mise en scène pleine de fantaisie et de poésie, le cinéaste donne vie aux pensées imaginées de nos proches à travers de belles scènes d’apparition et une subtile évolution où un appartement d’abord sinistre devient de plus en plus lumineux à mesure qu’il se vide des objets ayant appartenu au défunt, comme s’ils transmettaient ses souvenirs aux personnages qui le nettoie et se l’approprie peu à peu. Tous les dialogues du frère ne sont ainsi que les pensées que lui prêtent les différents personnages qui pensent à lui et qu’ils n’osent en fin de compte pas sortir eux-mêmes. Traité avec pudeur, « Mon Grand Frère et Moi » creuse l’identité comme une matière mouvante à travers un frère qui a voulu se reconstruire en même temps qu’un Japon post-Fukushima (séisme qui semble avoir profondément marqué le réalisateur), et évoque – entre les lignes – la difficile place de la sœur dans une fratrie japonaise. Alors finalement, c’est quoi la famille ? … “C’est un refuge, pas un fardeau” !

Raphaël Sallenave

 

“What does family mean to you?” This question stumps our protagonist more than it should, since, to her, family is limited to her husband and their two sons. But that would mean leaving out her older brother, who has always made her life difficult. When she learns of his death, she sets off without much emotion to join her ex-sister-in-law and, once again, take care of the messy affairs of a chaotic, lying brother. Amid confessions and unexpected bursts of laughter, this novelist – accustomed to inventing stories – will find herself writing or rewriting a new one as she gets to know her brother all over again…

Adapted in part from Riko Murai’s autobiographical essay, in part from the author’s own memories, and in part from the filmmaker’s own reflections on this subject that has been on his mind, “Bring Him Down to a Portable Size” explores family bonds and how perceptions of the same person vary from one individual to another. It thus shows how those left behind struggle to carry on after the loss of a loved one, while also painting a portrait of the deceased that emerges through the memories of those who knew him. The film thus examines the conflict-ridden relationship between Riko and her brother (who, incidentally, has no other name – lending a rather universal dimension to these questions), whose character evolves through the eyes of others. Initially quite accusatory, the portrayal gradually gains depth through a nuanced and subtle narrative that gives as much space to the protagonists’ virtues as to their flaws.

After the excellent “The Asadas”, Ryōta Nakano delivers another heartwarming comedy that shifts between laughter and tears. No matter how serious the subject matter might be, his style focuses on highlighting the tenderness and humor of endearing human beings in difficult situations. He makes films that are fundamentally optimistic, striking a remarkable and unsettling balance where death is never a heavy subject but rather becomes a space for unexpected connection. Even when it comes to the end of a life, you can’t help but smile in this beautiful film, imbued with Japanese sensitivity and delicacy, carried by a wonderful small cast of just five actors centered around Kō Shibasaki in an unusual, against-type role, a joyfully zany Joe Odagiri, and a remarkably kind-hearted Hikari Mitsushima, navigating the line between sentiment and resentment.

With a fantasy-filled and poetic direction, the filmmaker brings to life the imagined thoughts of our loved ones through beautiful scenes of apparitions and a subtle transformation in which an apartment that is initially gloomy becomes increasingly bright as it is emptied of the objects that belonged to the deceased, as if they were passing on his memories to the characters who are cleaning it and gradually making it their own. All the brother’s dialogue is thus merely the thoughts attributed to him by the various characters who are thinking of him – thoughts they ultimately dare not voice themselves. Handled with sensitivity, “Bring Him Down to a Portable Size” explores identity as a fluid concept through a brother who sought to rebuild himself alongside a post-Fukushima Japan (an earthquake that seems to have deeply affected the director), and hints – between the lines – at the difficult position of the sister within a Japanese family. So, after all, what is family? … “It’s a refuge, not a burden”!

Raphaël Sallenave

Love on Trial
La Famille Asada