La Vénus électrique
(The Electrical Kiss)
Film d’ouverture – Cannes
2026

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« La Vénus électrique » part d’une idée de départ simple, un quiproquo qui pour quelques sous aboutit à une grande improvisation faite d’escroquerie mensongère. Si le schéma peut sembler un peu convenu, Pierre Salvadori en tire une comédie amicale et romantique d’une grande richesse qui coche toutes les cases : rythmée sans temps mort, finement écrite et pleine de fantaisie, de rires et d’émotions.
Dans les beaux décors d’un Paris entre sa Belle époque et ses Années folles, il met en scène ce théâtre d’illusions et de faux-semblants avant tout porté par un superbe quatuor d’acteurs faisant vivre et revivre d’attachants et profonds personnages. Pio Marmaï y interprète un peintre talentueux et dépressif dont la naïveté découle d’un fort besoin d’amour, face à un Gilles Lellouche dans l’un de ses plus beaux rôles dans ce personnage partagé entre sens de l’amitié et des affaires. Le cinéaste soigne par ailleurs son art du portrait à travers ses deux héroïnes avec une Anaïs Demoustier à la fois pimpante et grave, véritable fil conducteur (électrique) du récit, et une Vimala Pons lumineuse, audacieuse et entreprenante, bref un vrai modèle – au sens propre comme figuré.
Ses personnages, comme toujours, sont menteurs, manipulateurs, mais aussi perdus et malheureux, ils franchissent parfois les limites, mais leur chemin les mène in fine vers une prise de conscience et une recherche d’amour. Car derrière son apparente légèreté et son sens de la réplique irrésistible, le film parle de deuil, d’absence et de reconstruction – tout en restant toujours profondément comique. Grâce à la belle idée du journal intime qui ouvre toute une seconde intrigue après le premier acte, Salvadori imbrique formidablement passé et présent dans un excellent montage réunissant ses deux héroïnes presque en une seule et unique figure féminine en jouant sur les parallèles et la porosité de sa double chronologie.
Tout le monde y joue finalement double jeu dans ce conte burlesque où chacun ré-écrit à tour de rôle la trame des événements au gré d’une escalade de mensonges et de trucages qui font jaillir la vérité avec comme clé de voûte : la croyance comme source d’émerveillement. En cela, à travers une écriture sensible et humaine, « La Vénus électrique » s’impose comme une brillante variation sur le pouvoir de la fiction, quoi de mieux pour ouvrir le festival de Cannes …
Raphaël Sallenave
“The Electric Kiss” starts with a simple premise: a misunderstanding that, for a few pennies, leads to a grand improvisation built on a deceptive scam. While the premise may seem a bit conventional, Pierre Salvadori crafts a warm and romantic comedy of great depth that checks all the boxes: fast-paced with no dull moments, cleverly written, and full of whimsy, laughter, and emotion.
Set against the beautiful backdrop of Paris between the Belle Époque and the Roaring Twenties, he directs this drama of illusions and deceit, brought to life by a outstanding quartet of actors who make these endearing and complex characters come alive. Pio Marmaï plays a talented yet depressed painter whose naivety stems from a deep need for companionship, opposite Gilles Lellouche in one of his finest roles as a man torn between friendship and business. The filmmaker also hones his art of character portrayal through his two heroines: Anaïs Demoustier, who is both vivacious and earnest, serving as the story’s true (electric) guiding thread; and Vimala Pons, who is radiant, daring, and resourceful—in short, a true role model, both literally and metaphorically.
His characters, as always, are liars and manipulators, but they are also lost and unhappy; they sometimes cross the line, but their journey ultimately leads them to self-awareness and a quest for love. For behind its apparent levity and irresistible wit, the film deals with grief, loss, and rebuilding – all while remaining thoroughly funny. Thanks to the brilliant idea of the diary, which opens up an entirely new storyline after the first act, Salvadori masterfully interweaves past and present in excellent editing that almost blends the two heroines into a single female figure, drawing on the parallels and fluidity of its dual timeline.
In the end, everyone plays a double game in this burlesque tale, where each character takes turns rewriting the course of events amid an escalating web of lies and tricks that bring the truth to light, highlighting belief as a source of wonder. As such, through its sensitive and human approach, “The Electrical Kiss” stands out as a brilliant exploration of the power of fiction, and what better way to open the Cannes Film Festival…
Raphaël Sallenave