Le Diable s’habille en Prada 2
The Devil Wears Prada 2
2026

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“Go home. This does not concern you!”
Avec cette réplique de Miranda à Andy, tout le cœur du problème d’un tel film est parfaitement résumé et lucidement exposé. S’inscrivant dans cette nouvelle tendance d’Hollywood de ressusciter des succès d’antan comme ce fut le cas dernièrement avec « Blade Runner » ou « Gladiator », « Le Diable s’habille en Prada 2 » aurait très bien pu se confronter au problème qui touche nombre de ces suites de plus de vingt ans (dites ‘legacy sequels’). Mais contrairement à d’autres, il ne joue pas uniquement sur la nostalgie d’un film entre-temps devenu iconique dans une intrigue superficielle qui en fin de compte n’a pas grand-chose à raconter et se contente de cloner la recette avec quelques rides en plus. Ici (non seulement aucune ride n’est visible, c’est la mode) mais surtout, et pour une fois, une telle suite paraît finalement assez légitime parce qu’elle a quelque chose à dire.
Si le premier volet était un récit d’apprentissage sur une jeune stagiaire qui se complaisait un temps dans son rôle d’esclave de luxe en jouant avec humour sur la méchanceté d’une boss tyrannique, c’était un film qui mettait en valeur la mode, son importance, son poids, son rôle dans la société et contrebalançait cela avec la place du journalisme. Une suite d’une telle histoire, vingt ans plus tard, se doit donc en effet (et à juste titre) de questionner la désuétude d’un tel monde. Et de confronter ses personnages face à la fin de ce monde justement. Que ce soit la mode, le journalisme de magazine ou celui d’investigation. Tout ce(s) monde(s) se voi(en)t menacer de mort dans une évolution des médias conquise par les réseaux sociaux, les clics, les tendances rapides bref un profond changement de comportement de la société.

Mais si ses intentions étaient donc tout à fait louables et offrent d’ailleurs quelques beaux développements comme une Miranda vulnérable et indécise qui se cherche dans ce (pas si meilleur) nouveau monde, le film devient rapidement (et étonnamment) ennuyant. La faute à une forme (inchangée) qui n’épouse aucunement ce fond (chamboulé). « Le Diable s’habille en Prada 2 » se coince tout seul dans un entre-deux voulant à la fois traiter un sujet d’évolution (tout l’intérêt d’une suite de plus de vingt ans) et profiter du retour sur investissement de sa recette (à l’image du succès d’un film comme « Top Gun : Maverick » – pour le coup très réussi dans cette dynamique).
Résultat, oui les retrouvailles sont sympathiques, oui la dernière partie à Milan (miroir de la structure du premier film qui se concluait sur la Fashion Week de Paris) est agréable. Mais la comédie est forcément moins présente au vu des enjeux de survie du magazine, la méchanceté de Miranda vue sous l’œil de la jeune stagiaire – qui participait au charme et à une dimension assez universelle du premier volet dans la mesure où tout le monde a plus ou moins déjà connu un horrible boss – a quasiment disparu dans une intrigue où la mode ne fait (forcément) plus rêver ses personnages. En soi, pour exploiter pleinement la fibre nostalgique, ce second volet ne pouvait pas développer une intrigue où l’enjeu est la vente / rachat / mort du magazine. Car les personnages directement impliqués ne sont pas les assistantes, les couturiers, designers, rédacteurs et autres créateurs. En d’autres mots, une telle intrigue ne se marie pas facilement avec le glamour des robes et la finesse des coutures.
Par cette cruelle réplique de Miranda, le film résume donc parfaitement le cœur de son propre paradoxe. Il veut tellement conserver son cocon nostalgique, qu’il garde l’intégralité de son équipe (jusqu’aux scénaristes, réalisateur, chef opérateur etc), conserve les mêmes personnages principaux dans la même hiérarchie d’importance et donc conserve également le point de vue de sa protagoniste Andy. Mais le fait est, qu’elle est annexe aux enjeux principaux de l’intrigue où il faut donc ajouter une romance (pas forcément ratée, mais quelque peu déconnectée) pour faire d’elle un vrai personnage principal. En somme, si le film réussit néanmoins à moderniser son cadre, il n’ose pas se concentrer pleinement sur son sujet à l’image d’une conclusion assez naïve et presque contre-productive sur un défilé de mode sur lequel la caméra s’attarde alors que les personnages n’y sont plus, quand il aurait été plus fort et cohérent de rester avec eux et de vendre l’idée du défilé pour finalement s’en défiler.
Raphaël Sallenave
“Go home. This does not concern you!”
Miranda’s words to Andy perfectly sum up and clearly lay bare the very heart of the issue with a film like this. As part of this new Hollywood trend of reviving past hits – as was recently the case with “Blade Runner” or “Gladiator” – “The Devil Wears Prada 2” could very well have faced the same problem that affects many of these legacy sequels. But unlike others, it doesn’t rely solely on nostalgia for a film that has since become iconic, wrapped in a superficial plot that ultimately has little to say and merely clones the formula with a few more wrinkles. Here (not only are there no visible wrinkles – it’s fashion) but above all, and for once, such a sequel ultimately seems quite legitimate because it has something to say.
While the first installment was a learning story about a young intern who, for a time, reveled in her role as a “luxury slave”, playfully poking fun at the cruelty of a tyrannical boss, it was a film that highlighted fashion – its importance, its influence, and its role in society – and balanced that with the significance of journalism. A sequel to such a story, twenty years later, must therefore (and rightly so) question the obsolescence of such a world. And confront its characters with the very end of that world. Whether it be fashion, magazine journalism, or investigative journalism. All these worlds find themselves threatened with extinction in a media landscape dominated by social media, clicks, and short-lived trends – in short, a profound shift in societal behavior.
But while its intentions are certainly honorable and offer some compelling developments – such as a vulnerable, indecisive Miranda searching for herself in this (not-so-brave) new world – the film quickly (and surprisingly) becomes boring. The fault lies with an (unchanged) style that does not at all match this (disrupted) substance. “The Devil Wears Prada 2” gets stuck in its own middle ground, trying both to tackle a theme of evolution (the whole point of a sequel set twenty years later) and to capitalize on the return on investment from its formula (much like the success of a film like “Top Gun: Maverick” – which, for that matter, was very good at this).

As a result, yes, bringing back the whole band together is enjoyable, and yes, the final act in Milan (mirroring the structure of the first film, which ended with Paris Fashion Week) is entertaining. But the comedy is inevitably less prominent given the magazine’s struggle for survival; Miranda’s meanness, as seen through the eyes of the young intern – which contributed to the charm and a fairly universal dimension of the first film, in that everyone has more or less had a horrible boss at some point – has all but vanished in a plot where fashion (inevitably) no longer inspires its characters. In and of itself, to fully tap into nostalgia, this second installment couldn’t develop a plot where the stakes are the sale, buyout, or demise of the magazine. Because the characters directly involved aren’t the assistants, couturiers, designers, editors, and other creators. In other words, such a plot doesn’t easily lend itself to the glamour of the dresses and the finesse of the tailoring.
Through Miranda’s cruel line, the film perfectly encapsulates the heart of its own paradox. It is so determined to preserve its nostalgic bubble that it brings back the entire original team (including the screenwriters, director, cinematographer, and so on), retains the same main characters in the same pecking order, and thus also sticks with the point of view of its protagonist, Andy. But the fact is, she is secondary to the main plot points, so a romance (not necessarily a bad one, but a somewhat disconnected one) must be added to make her a true main character. In short, while the film does manage to modernize its backdrop, it doesn’t dare to fully focus on its theme, as evidenced by a rather naive and almost counterproductive conclusion featuring a fashion show that the camera lingers on even after the characters have left – when it would have been more powerful and coherent to stay with them and build up the idea of the show only to ultimately walk away from it.
Raphaël Sallenave