Je verrai toujours vos visages
(All Your Faces)
Meilleure Actrice secondaire – Césars
2023

FR EN
Après « Pupille » (2018), Jeanne Herry est de retour en salles avec « Je verrai toujours vos visages ». Porté par un casting 5 étoiles, ce film aborde la question de la justice restaurative, encore peu connue du grand public en France. D’une rare justesse et extrêmement touchant, il s’agit déjà-là d’un incontournable absolu de l’année qui a largement le potentiel de mettre tout le monde d’accord.
On y suit la mise en place d’un espace de parole en prison entre trois détenus et trois victimes. Ainsi Thomas (Fred Testot), Nassim (Dali Benssalah – qui confirme ses excellentes récentes prestations) et Issa (Birane Ba – de la Comédie Française) se présentent face à Nawelle (une ancienne caissière agressée au travail incarnée par Leïla Bekhti), Grégoire (Gilles Lellouche) et Sabine (Miou-Miou). Alors que tout les oppose, les mots, les débats, les échanges, vont peu à peu faire leur travail. Parallèlement, le film nous montre le processus de dialogue engagé par Chloé (Adèle Exarchopoulos) avec son agresseur ayant purgé sa peine.
Encore à ses balbutiements en France malgré quelques expérimentations réussies, la justice restaurative ne fait pas l’unanimité. Pourtant, « Je verrai toujours vos visages » prend le parti de la défendre en démontrant tout son potentiel. Encore très associée à la délicate prévention de la récidive, on comprend grâce au travail extrêmement précis de Jeanne Herry toute la profondeur de ce processus. Il permet certes de renforcer l’efficacité de la peine prononcée à l’encontre d’un agresseur, dont le passage en prison s’avère parfois inefficace voire contreproductif. Mais il permet aussi aux victimes participantes d’engager un début de guérison en cas de traumatisme par une méthode nouvelle et alternative. Ce film va encore plus loin, en mettant en avant le travail formidable mené par les associations qui portent la justice restaurative au quotidien, à l’image des personnages de Judith, de Fanny et de Michel, magistralement incarnés par Elodie Bouchez, Suliane Brahim et Jean-Pierre Darroussin.
« Je verrai toujours vos visages », c’est avant tout un film remarquablement écrit. Prenant le parti de ne pas montrer les agressions subies, seuls les témoignages et les visages permettent au spectateur de visualiser lui-même des faits, parfois durs. Sans musique et sans temps-mort, ce film laisse bouche-bée sans choquer. Il fait réfléchir plus qu’il ne fait verser de larmes (bien que certains ne sauront se retenir). Mais par-dessus tout, il convainc.
Comme souvent, le cinéma démontre qu’il est à l’avant-garde. Espérons que ce soit de nouveau le cas ici, et que ce film propulsera la justice restaurative. Courrez en salles pour soutenir la cause !
Pierre Armengaud
After “In Safe Hands” (2018), Jeanne Herry is back in theaters with “All Your faces” (“Je verrai toujours vos visages”, literally “I will always be seeing your faces”). Carried by an all-star cast, this film tackles the issue of restorative justice, still little known to the general public in France. Of a rare accuracy and extremely touching, it is already an absolute must-see of the year that has the potential to bring everyone together.
We follow the setting up of a space for discussion in prison between three inmates and three victims. Thomas (Fred Testot), Nassim (Dali Benssalah – who continues his excellent recent performances) and Issa (Birane Ba) come face to face with Nawelle (a former cashier assaulted at work played by Leïla Bekhti), Grégoire (Gilles Lellouche) and Sabine (Miou-Miou). While everything opposes them, words, debates, exchanges, will gradually do their work. At the same time, the film shows us the process of dialogue initiated by Chloe (Adèle Exarchopoulos) with her aggressor who has served his sentence.
Restorative justice is still in its infancy in France, despite some successful experiments. However, “All Your Faces” intends to promote it by demonstrating its full potential. Still very much associated with the delicate prevention of repeat offenses, we understand, thanks to the extremely precise work of Jeanne Herry, the full depth of this process. It certainly makes it possible to reinforce the efficiency of the sentence pronounced against an aggressor, whose time in prison sometimes proves to be inefficient or even counterproductive. But it also allows the participating victims to start healing from their trauma in a new and alternative way. This film goes even further, by highlighting the tremendous work done by the associations that carry out restorative justice on a daily basis, like the characters of Judith, Fanny and Michel, masterfully played by Elodie Bouchez, Suliane Brahim and Jean-Pierre Darroussin.
“All Your Faces” is above all a remarkably written film. Taking the decision not to show the aggressions suffered, only the testimonies and the faces allow the spectator to visualize the facts, sometimes hard. With no music and no time out, this film leaves you speechless without shocking you. It makes you think more than it makes you cry (although some people will not be able to hold back). But above all, it is convincing.
As is often the case, cinema shows that it is at the forefront. Let’s hope it is again, and that this film will propel restorative justice. Rush to the theaters to support the cause!
Pierre Armengaud