Une Jeunesse Indienne
होमबाउंड – Homebound
Best Film – Melbourne
Best Director – Melbourne
People’s Choice #3 – Toronto
2025/2026

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C’est le portrait de deux amis d’enfance, deux jeunes hommes nés dans le même village du nord de l’Inde, de deux castes dites ‘inférieures’. Ces citoyens qui s’échinent aux tâches les plus ingrates de la société, dans les champs, les mines ou les usines de textile. Beaucoup renoncent, mais pas no deux héros qui refusent de rêver petit et que rien ni personne ne pourra arrêter … Dès la scène d’ouverture, les enjeux et le cadre est ainsi donné : sur un quai noir de monde, ils se jettent à bord d’un wagon les emmenant vers un concours qu’ils espèrent providentiel, pleins d’énergie et d’optimisme face à une masse sociale les entravant er les engloutissant d’avance dans un flot d’injustices. Car il existe bien à leurs yeux une porte de sortie à cette fatalité sociale : être fonctionnaire. “Quand tu portes l’uniforme, personne ne fait attention à ta caste ou ta religion”. Même si le pays a officiellement légiféré (depuis 1949 quand même !) pour proscrire la discrimination des castes ‘inférieures’, le climat politique et la montée de l’extrême droite au pouvoir facilitent un racisme ambiant dans un pays à grande majorité hindoue et souvent islamophobe, où il en faut pour allumer la mèche de la xénophobie.
Le second film de Neeraj Ghaywan explore les fractures d’une Inde contemporaine minée par les clivages sociaux et les luttes silencieuses de personnes invisibilisées. C’est une fresque s’étalant sur plusieurs années aux côtés de presque-frères qui rient, rêvent et s’encouragent mutuellement même lorsque le monde qui les entoure les écrase. C’est une histoire d’épreuves sociales, une histoire de douleur, une histoire de liens entre deux amis qui cherchent à gagner une dignité au sein d’un système qui les néglige perpétuellement. Et cette fatalité est amplifiée dans un contexte bien précis, celui du début de pandémie de Covid-19 – rarement évoqué chez nous à travers la perspective indienne – où l’on cherche (comment toujours en période de crise) des boucs émissaires …

C’est une histoire profondément humaine, à la fois inspirée d’une photo devenue célèbre et du parcours personnel du réalisateur d’origine Dalit (l’une des castes les plus ‘basses’) qui a lui-même dû dissimuler cette identité pendant un temps, dans la peur d’être démasqué mais pour pouvoir avancer dans la vie. C’est une épopée amicale entre entraide, joie et inquiétudes dépeinte tout en délicatesse et nuance des abords calmes de la rivière au vacarme des grandes usines qui nous tient en haleine dans ce dense périple de vie. Si la première partie a le mérite d’être claire, elle appuie aussi sur son discours social au détour d’exposition contextuelle et de dialogues verbalisant l’injustice subie par les protagonistes. Mais ce léger didactisme est néanmoins emporté par un rythme soutenu, une trame extrêmement prenante, et un dernier acte absolument bouleversant et vibrant d’humanité.
Bien loin des standards de Bollywood, mais néanmoins désigné pour représenter l’Inde aux précédents Oscars et sélectionné à Cannes (Un certain regard), « Une Jeunesse Indienne » – dont le titre français générique ne reflète aucunement le riche double sens du titre original « Homebound » reflétant autant sa première que sa seconde partie – s’impose comme une puissante histoire d’amitié et de fraternité, profondément émouvante et brillamment interprétée par le lumineux duo lumineux Ishaan Khattar et Vishal Jethwa (aux côtés notamment d’une superbe Janvhi Kapoor). Élégamment mis en scène, de ses cadres à ses couleurs en passant par un montage au cordeau, c’est tout simplement du grand cinéma indien !
Raphaël Sallenave
This is the story of two childhood friends, two young men born in the same village in northern India, from so-called “lower” castes. These are the people who toil away at society’s most thankless tasks in the fields, the mines, or the textile mills. Many give up, but not these two heroes, who refuse to dream small and whom nothing and no one can stop… From the opening scene, the stakes and the setting are set: on a crowded platform, they rush onto a train car taking them to a test they hope will be their salvation, full of energy and optimism in the face of a social mass that hinders them and swallows them up in a flood of injustices. For in their eyes, there is indeed a way out of this social inevitability: becoming a civil servant. “When you wear the uniform, no one pays attention to your caste or your religion.” Even though the country has officially legislated (since 1949, no less!) to outlaw discrimination against “lower” castes, the political climate and the rise of the far right to power foster a pervasive racism in a country with a large Hindu majority and often Islamophobic tendencies, where it doesn’t take much to ignite the fuse of xenophobia.
Neeraj Ghaywan’s second film explores the divides in contemporary India, a country riven by social divisions and the silent struggles of marginalized people. It is an epic spanning several years, following two men who are almost like brothers as they laugh, dream, and support one another even when the world around them is crushing them down. It is a story of social trials, a story of pain, a story of the bond between two friends seeking to earn dignity within a system that perpetually disregards them. And this sense of inevitability is amplified in a very specific context – that of the onset of the Covid-19 pandemic – which is rarely addressed here from an Indian perspective – where, as always in times of crisis, scapegoats are sought…

This is a deeply human story, inspired both by a now-famous photograph and by the personal journey of the director, who is of Dalit origin (one of the so-called “lowest” castes) and who himself had to conceal this identity for a time, fearing exposure but in order to move forward in life. This is a tale of friendship, set amid mutual support, joy, and anxiety, depicted with great sensitivity and nuance – from the quiet banks of the river to the clamor of the big factories – that keeps us on the edge of our seats throughout this intense journey through life. While the first part deserves credit for its clarity, it also emphasizes a bit much its social commentary through contextual exposition and dialogues that articulate the injustice suffered by the protagonists. Yet this slight didacticism is swept away by a brisk pace, an extremely gripping plot, and a final act that is absolutely heart-wrenching and brimming with humanity.
A far cry from Bollywood standards, yet chosen to represent India at the previous Oscars and selected for Cannes, “Homebound” – whose rich double meaning title “reflects both its first and second halves – stands out as a powerful story of friendship and brotherhood, deeply moving and brilliantly performed by the radiant duo Ishaan Khattar and Vishal Jethwa (alongside a superb Janvhi Kapoor). Elegantly directed, from its framing and color palette to its razor-sharp editing, it is quite simply Indian cinema at its finest!
Raphaël Sallenave