Projet Dernière Chance
Project Hail Mary
2026

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Seul vers Mars ?
Le duo Phil Lord & Chris Miller n’avaient plus signé de réalisations depuis leur comédie adolescente « 22 Jump Street » en 2014, année où ils avaient aussi signé leur première grande réussite d’animation avec « La Grande Aventure LEGO » avant d’écrire et produire les excellents films « Spider-Verse ». Après l’échec de leur dernière aventure spatiale – le duo avait d’abord entamé la réalisation du spin-off Star Wars « Solo » avant d’être remplacés en plein tournage – ils repartent dans une galaxie lointaine, très lointaine avec ce space opera particulièrement efficace, attachant et feel-good. Adapté – semble-t-il de manière très fidèle – du roman d’Andy Weir (2021), « Project Hail Mary » prend la forme d’un seul sur scène sur fond galactique à la manière d’un « Moon », « Gravity » et surtout « Seul sur Mars » (adapté d’un roman du même auteur et par le même scénariste). Ryan Golsing porte ainsi véritablement le film en y assurant le spectacle par sa capacité à passer de l’enthousiasme au sarcasme à la moindre déconvenue dans ce voyage à travers les étoiles en forme d’ode à la science, à l’entraide et à l’amitié.
La menace environnementale vient ici d’un organisme découvert récemment dans notre système solaire et qui semble dévorer peu à peu chaque étoile de l’univers … toutes, sauf une qui résiste encore et toujours à l’envahisseur ! Le monde s’unit alors (oui c’est de la science-fiction) pour monter une mission scientifique et envoyer des astronautes enquêter sur cette incongruité et, peut-être, sauver notre système solaire, et par la même, la vie humaine sur Terre … Cette histoire de sauvetage en solo, va rapidement se muer en buddy movie au gré d’une ‘rencontre du troisième type’ (dont le thème est même fredonné par le protagoniste) dont les difficultés de communication et la familiarisation rappelle quelque peu le beaucoup plus sérieux « Premier Contact » de Denis Villeneuve. Si la dynamique du protagoniste avec le personnage de Sandra Hüller est réussie, c’est bien sa relation avec son nouveau binôme rocheux, quelque part entre l’intelligence supérieure et l’animal de compagnie, qui est au cœur du film dans cette dynamique d’entente laborieuse dont l’union des forces créer une chaleureuse et sincère amitié.

Bénéficiant pleinement de son budget de superproduction à plus de $200M, le film exploite à fond son quasi-huis-clos dans le vaisseau grâce à d’excellents décors et effets spéciaux mis en scène par le chef opérateur de splendeurs cinématographiques comme « Dune », « The Batman » ou « The Creator » avec un superbe travail du marionnettiste James Ortiz sur l’ami et compagnon de route rocheux de notre protagoniste. Daniel Pimberton signe une B.O. qui accompagne parfaitement avec une poignée de chansons, le ton d’un film au rythme enlevé bourré de charme et d’humour, que ce soit dans une dimension burlesque, gaguesque, linguistique ou de situation. Le scénario offre de plus un beau message d’espoir sur l’humanité en évitant les habituels refrains du couple ou de la famille et en se concentrant sur la persévérance d’un humain débrouillard pour contribuer à sauver ce qui peut l’être – sans oublier la métaphore écologique au cœur du récit renvoyant aux énergies fossiles avec des ‘astrophages’ à la fois sources de carburant et risque majeur pour la pérennité de l’humanité.
En revanche la structure non-linéaire du récit casse le rythme de certaines scènes avec (qui plus est) une certaine facilité scénaristique d’une amnésie servant de prétexte à des souvenirs revenant en vagues irrégulières pour nourrir le présent de réponses au compte-gouttes parfois assez inutiles ou évidentes, et surtout sans grand développement de personnages. Si ce choix de montage sert la dynamique fun du récit, elle décontenance aussi une grande partie des enjeux narratifs et émotionnels. De manière générale, le montage est probablement ce qui s’avère le plus maladroit dans ce film, entre cette structure de flash-backs erratique et des scènes qui ne prennent pas toujours suffisamment leur temps pour conjuguer suspense et humour (souvent au détriment du premier). Alors oui les montages rapides, lors des séquences d’expérimentations scientifiques ou de familiarisation linguistique sont réussis, mais l’ensemble n’est pas toujours relié de manière très fluide, au détriment de la tension et même parfois de l’émerveillement sur certaines scènes dans l’immensité spatiale.
Au final, « Project Hail Mary » coche toutes les cases d’un excellent divertissement américain et s’impose comme un véritable crowd-pleaser : il ne fait peut-être pas l’unanimité, mais réussit clairement à non seulement toucher un très grand public, mais surtout à (au minimum) satisfaire son public, lui faire passer un agréable moment, voire aller jusqu’à l’époustoufler. Mais fut un temps où ce type de réussite était plus proche de la norme à Hollywood que de l’exception … s’il plait autant aujourd’hui n’est-ce alors pas aussi en partie dû à l’état actuel des blockbusters américains ?
Raphaël Sallenave
The Nice (Space) Guy !
The pair of Phil Lord and Chris Miller hadn’t directed a film since their teen comedy “22 Jump Street” in 2014, the same year they also made their first big hit in animation with “The LEGO Movie” before writing and producing the fantastic “Spider-Verse” films. Following the failure of their latest space adventure – the duo had initially begun directing the Star Wars spin-off “Solo” before being replaced mid-shoot – they return to a galaxy far, far away with this particularly effective, endearing, and feel-good space opera. Adapted – apparently very faithfully – from Andy Weir’s novel (2021), “Project Hail Mary” takes the form of a single-character story set in a galactic backdrop, along the lines of “Moon,” “Gravity,” and especially “The Martian” (adapted from a novel by the same author and by the same screenwriter). Ryan Gosling truly carries the film, delivering a compelling performance through his ability to shift from enthusiasm to sarcasm at the slightest setback on this journey through the stars – an ode to science, mutual aid, and friendship.
The environmental threat here comes from a microbe recently discovered in our solar system that seems to be gradually devouring every star in the universe… all of them, except one that continues to resist the invader! The world then unites (yes, this is science fiction) to set up a scientific mission and send astronauts to investigate this anomaly and, perhaps, save our solar system—and, by extension, human life on Earth… This solo rescue story quickly turns into a buddy movie following an “encounter of the third kind” (whose theme is even hummed by the protagonist), whose communication challenges and process of getting to know one another are somewhat reminiscent of Denis Villeneuve’s much more serious “Arrival”. While the dynamic between the protagonist and Sandra Hüller’s character is enjoyable, it is his relationship with his new rocky companion—somewhere between a higher intelligence and a pet—that really drives the film. Their rocky bond gradually blossoms into a warm and sincere friendship as they join forces.

Capitalizing on its blockbuster budget of over $200 million, the film makes the most of its nearly closed-door setting aboard the spaceship, thanks to excellent sets and special effects brought to life by the cinematographer behind cinematic masterpieces such as “Dune”, “The Batman”, and “The Creator”, featuring superb work by puppeteer James Ortiz on our protagonist’s rocky friend and traveling companion. Daniel Pimberton composes a score that perfectly complements the film’s lively tone – filled with charm and humor, whether through slapstick, physical comedy, wordplay, or situational humor – with a handful of songs. The screenplay also offers a beautiful message of hope for humanity by avoiding the usual tropes of romance or family and focusing instead on the perseverance of a resourceful human striving to save what can be saved – not to mention the ecological metaphor at the heart of the story, which references fossil fuels through ‘astrophages’. that are both sources of fuel and a major threat to humanity’s future.
On the other hand, the non-linear structure of the narrative disrupts the rhythm of certain scenes, compounded by a scriptwriting device that uses amnesia as a pretext for memories surfacing in irregular waves – filling the present with answers doled out sparingly, which are sometimes rather pointless or obvious, and above all, lacking in character development. While this editing choice serves the story’s playful dynamic, it also undermines much of the narrative and emotional stakes. Overall, the editing is probably the clumsiest aspect of this film, between the erratic flashback structure and scenes that don’t always take enough time to balance suspense and humor (often at the expense of the former). So yes, the quick montages during the scientific experimentation or language familiarization sequences are effective, but the whole thing isn’t always connected in a very fluid way, to the detriment of the tension and even, at times, the sense of wonder in certain scenes set in the vastness of space.
Ultimately, “Project Hail Mary” checks all the boxes for an excellent piece of American entertainment and stands out as a true crowd-pleaser: it may not be universally loved, but it clearly succeeds not only in appealing to a very wide audience, but above all in (at the very least) satisfying its audience, giving them a good time, or even blowing them away. But there was a time when this kind of success was closer to the norm in Hollywood than the exception… if it’s so popular today, isn’t that also partly due to the current state of American blockbusters?
Raphaël Sallenave