Vade Retro
2026

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Et si on faisait une comédie complètement déjantée et carnavalesque, mêlant plusieurs genres et styles antipodiques et ne mâchant pas ses mots sur une panoplie de sujets d’actualité ? Peut-être est-ce la question que s’est posée Antonin Peretjatko en imaginant son dernier long-métrage incontestablement loufoque et grinçant, jouant à la fois sur un certain arriérisme et sur une certaine révolte – d’où son titre signifiant « Recule ! » en latin.
Mais de quoi ça parle ? Et bien d’un certain Norbert, jeune vampire de 352 ans, dont les parents traditionalistes le poussent à enfin se dépuceler et à franchir le cap de trouver sa future dulcinée. Pour cela, il part en bateau pour le Japon (connu pour la « pureté » du sang de ses habitants, bien sûr) en compagnie de son majordome, mais un naufrage les échoue sur l’île tropicale de Boulet Rouge, terre de tous les métissages.
Extrêmement kitsch mais sur certains plans novateur, « Vade Retro » est un film qui en fait constamment des caisses, de sorte que son intrigue en est savoureusement grotesque. Le scénario fourmille en effet d’idées farfelues et sur-exagérées qui fonctionnent parfois tant que l’auto-dérision devient incontournable, à l’instar de ces vieillottes mais récurrentes nuits américaines qui font dire aux personnages que les nuits sont vachement claires ici, ou encore des scènes ultra sanglantes. Le mythe du vampire et l’univers cinématographique qui en découle sont par conséquent détournés de façon délirante : Norbert perd par exemple une dent en étant piégé par une chasseuse de suceurs de sang – on est loin de Nosferatu ou de Dracula !
Toutefois, cette apparente roue libre d’un réalisateur assurément libertaire est aussi une dénonciation provocatrice du retour en force de nombreuses idées rétrogrades (et de leurs contre-idées tout aussi butées). « Vade Retro » aborde les questions des clichés, des fossés inter-générationnel et inter-culturel, du racisme et du syncrétisme, de la sexualité et du genre, du fanatisme et du cartésianisme, le tout dans un brouillard (décoratif comme philosophique) où tout n’est pas blanc ou noir. C’est donc un vrai régal pour qui aime partir loin !
Axel Chevalier
What if we made a completely crazy, crazy comedy, mixing several genres and styles that are polar opposites and not mincing words on a range of current topics? Perhaps this is the question Antonin Peretjatko asked himself when he came up with his latest film, which is undeniably zany and caustic, playing on both a certain backwardness and a certain defiance – hence its title, which means “Back off!” in Latin.
But what is it about? Well, it’s about a certain Norbert, a 352-year-old vampire whose traditionalist parents are pushing him to finally lose his virginity and take the leap of finding his future sweetheart. To do so, he sets sail for Japan (known for the “purity” of its inhabitants’ blood, of course) in the company of his butler, but a shipwreck strands them on the tropical island of Boulet Rouge, a land of cultural diversity.
Extremely kitsch but innovative in some ways, “Vade Retro” is a film that constantly goes overboard, resulting in a delightfully grotesque plot. The script is full of far-fetched and exaggerated ideas that sometimes work so well that self-mockery becomes inevitable, such as the old-fashioned but recurring American nights that make the characters say that the nights are really bright here, or the ultra-bloody scenes. The vampire myth and the cinematic universe that stems from it are therefore twisted in a delirious way: Norbert loses a tooth when he is trapped by a bloodsucker hunter – a far cry from Nosferatu or Dracula!
However, this seemingly unbridled approach by a clearly libertarian director is also a provocative denunciation of the resurgence of many backward ideas (and their equally stubborn counter-ideas). “Vade Retro” tackles issues such as clichés, intergenerational and intercultural divides, racism and syncretism, sexuality and gender, fanaticism and Cartesianism, all in a fog (both decorative and philosophical) where nothing is black and white. It is therefore a real treat for those who like to venture far afield!
Axel Chevalier