Avatar : De Feu et de Cendres
Avatar: Fire & Ash
2025

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S’il est clairement l’un des, sinon le film le plus attendu de l’année de par le globe, ce troisième opus de la saga de James Cameron n’arrive pas dans nos salles avec la même sensation de manque qu’après les treize ans d’attente entre le premier et le second volet. Qu’en est-il donc de cette fin de cycle ? Les deux premiers suivaient une structure similaire, celui-ci reprend-il cette recette ou innove-t-il ? A chaque fois, les personnages étaient certes archétypaux mais toujours bien écrits avec des propos et des prises de position toujours justifiées. Le 3e poursuit-il cette qualité ? S’enfonce-t-il dans les stéréotypes ? Ou approfondit-il des personnages nuancés ? Et qu’en est-il de la question de la croyance / de la foi envers la divinité planétaire – un sujet moins abordé dans le précédent volet ? L’humour du premier est-il d’ailleurs toujours présent ou rentre-t-on dans une phase plus sombre et sérieuse ? Là où le premier était un récit d’initiation doublé d’un film de guerre anti-impérialisme, et le second un récit de famille doublé d’un film de résistance inter-espèces, où nous emmène ce troisième volet ? Vers un récit d’émancipation et un film de guerre civile ? Qu’apporte donc-t-il ? A la fois beaucoup et pas grand-chose ? La réponse est en effet plus nuancée que prévu …
La mise en scène et l’immersion visuelle
Plus que son univers, ses personnages, ou ses thématiques, le principal attrait de la franchise « Avatar » reste malgré tout sa promesse d’un spectacle inédit permis par une technologie novatrice. Or ayant été tourné simultanément avec « La Voie de l’eau », « De Feu et de Cendres » est le premier volet de cette saga à n’avoir rien d’inédit en termes de progrès technique. Le film reste un véritable voyage dans un ailleurs, et un grand spectacle visuel aux effets spéciaux à la pointe de la technologie qui offrent un niveau de détails renversant dans les mouvements, les regards et les expressions faciales de personnages pourtant intégralement numériques. La 3D apporte à nouveau son lot de sensations et d’immersion avec une remarquable profondeur de champ – malgré une variation de fréquence d’images plus contestée – sans jamais en faire trop.

Cela reste donc clairement une vraie expérience de salles mais qui s’avère finalement moins – ou plus précisément moins souvent – époustouflante que les précédentes. La claque immersive n’est en effet pas aussi forte dans la mesure où le film véhicule moins d’imaginaire que les deux autres. Certes, il présente de nouveaux décors et de nouveaux clans (les Messagers du Vent et le Peuple des Cendres) mais il ne les explore pas. Le film ne rejoue pas à nouveau la carte de la découverte d’un nouveau monde, et – ce qui peut s’entendre pour une conclusion de trilogie – préfère réunir les éléments des deux précédents volets dans une intrigue qui relie de manière fluide les trois dimensions présentées : terre, mer, ciel. Malheureusement, le film choisit pour cela de revisiter certaines séquences qui paraissent alors répétitives – aussi bien dans la mise en scène que l’enchaînement des kidnappings, libérations, affrontements – rendant l’ensemble un peu trop long, ce que les précédents évitaient toujours malgré leur durée, et alors même que ce troisième opus est le plus riche en action. C’est pourquoi la bataille finale apparaît finalement moins mémorable que d’autres combats de moindre importance narrative mais plus novateurs comme celui dans les airs ou dans une base militaire sorte de ville-raffinerie qui donne à voir le côté sombre et métallique de cette nouvelle humanité. En somme, Cameron rend malheureusement son univers imaginaire trop familier pour que le spectacle transmette la même magie que les deux autres volets. Or, l’exploration et l’émerveillement qui va avec, étant moins présent cette fois-ci, le récit prend alors plus de place et d’importance dans le film.
Le récit, ses thématiques universelles et ses idées novatrices
Pandora n’est pas seulement un spectaculaire décor naturel, c’est aussi un monde régi par des croyances et des rites anciens et peuplé de figures archétypales. C’est une histoire à portée universelle qui s’inscrit dans une tradition mythologique assumée qui développe un récit fondateur homérique où les thèmes de filiation, de transmission, de sacrifice et de réconciliation s’entrelacent. Cet aboutissement du premier cycle d’Avatar développe ainsi des conflits moraux plus ambigus et accorde une vraie attention à l’évolution de ses personnages. Son point de départ, au lendemain de la tragique conclusion du précédent volet, est ainsi passionnant en s’attaquant aux différents chemins que prend la famille Sully dans son deuil à travers divers réactions et comportements imparfaits. « De Feu et de Cendres » amplifie donc les thématiques des deux premiers volets en y insufflant une certaine noirceur et une colère partagée. Il confronte les dilemmes qui hantent Jake, la haine raciste à l’égard des humains qui dévore Neytiri suite à la mort de son enfant, la culpabilité doublée d’un sentiment de rejet que traverse Lo’ak, et la transformation d’un Quaritch qui gagne en complexité, tiraillé entre sa condition d’arme humaine et une identité qui le dépasse. Le film ajoute ainsi de la profondeur à ses personnages tout en continuant à développer l’univers, notamment à travers une nouvelle méchante, rivale efficace de la mère Sully, qui ajoute une boucle au cercle de pertes et de traumatismes qui alimente le feu de la haine dans ce récit. Il approfondit également la relation des êtres avec la nature et la planète en tant que telle, et en profite pour lancer l’ultime offensive contre un impérialisme mutant en colonialisme à travers l’intérêt des humains pour le jeune Spider.

Et à l’image de l’adaptation de ce personnage par la planète elle-même, le film introduit d’excellentes idées, parfois assez radicales bien que pas nécessairement toujours pleinement abouties. C’est quand même un blockbuster qui explore la xénophobie d’une de ses protagonistes à travers la honte de sa différence face à leur représentation du clan, c’est un film qui met quand même en scène une tentative de suicide, et ouvre un audacieux débat sur le meurtre prémédité d’un enfant à des fins plus grandes pour l’espèce. Ce sont des choix de scénario bien plus osés que dans le second opus. Mais malheureusement ces fortes idées ne sont pas pleinement exploitées, de même que la trajectoire en miroir de Quaritch avec Jake, le poids de la croyance, ou l’introduction de Na’vis tellement déconnectés de leur environnement qu’ils en viennent à devenir kamikazes, sans oublier une antagoniste (Oona Chaplin) qui dégage une véritable férocité mais dont les intrigantes violence signifiée et perte de foi sont réduites à un simple contexte. Symboliquement c’est un scénario fort, mais dont le manque de subtilité et la structure du récit ne peuvent que générer de la frustration.
Une frustration structurelle
Et ce sentiment vient du fait que le récit est à plusieurs reprises sur le point d’embarquer dans une direction fondamentalement plus profonde ou intéressante à travers ces idées novatrices, avant que les personnages ne renoncent ou soient empêchés de faire un choix crucial. En somme, le contexte vient toujours s’interposer lorsque le rythme du film ralentit autour d’un sujet à explorer. Le récit ne fouille donc d’une part pas assez ses bonnes idées ou d’autre part ne laisse pas assez respirer ses moments forts. Et au-delà de certains dialogues relativement pauvres et d’une trame assez mécanique, la narration crée également un léger décalage dans le récit. Après un premier film où la narration était assurée de manière organique par le héros à travers ses débriefings pour la science, et un second où elle est toujours assurée par le même personnage en voix-off mais sous le point de vue familial, elle bascule sur l’un de ses fils dans ce troisième opus. Or, certes c’est un récit de transition entre les parents et la nouvelle génération, mais l’intrigue concerne encore, au moins à part égale, les adultes. Un double narrateur dans ce volet avant de se concentrer pleinement sur les enfants, aurait ainsi potentiellement permis de ne pas créer un décalage entre les protagonistes du film et les vrais personnages principaux de l’intrigue.
Frustrant de prime abord et pas aussi impressionnant que ses prédécesseurs, cet « Avatar III » reste une grande aventure familiale qui n’explore pas pleinement toutes ses pistes de qualité, mais fascine suffisamment dans ses conflits entre père et fils et ses duels de pères pour vous souhaiter un ‘Feliz Na’vi Dads’ !
Raphaël Sallenave
While it is clearly one of, if not the most eagerly awaited film of the year around the world, this third installment in James Cameron’s saga does not hit our theaters with the same sense of anticipation that followed the thirteen-year wait between the first and second installments. So, what can we expect from the end of this cycle? The first two films followed a similar structure, so does this one follow the same formula or does it break new ground? In each case, the characters were undoubtedly archetypal, but they were always well written, with dialogue and positions that were always justified. Does the third installment carry on this quality? Or does it sink into stereotypes? Or does it delve deeper into nuanced characters? And what about the question of belief/faith in the planetary deity – a subject less explored in the previous installment? Is the humor of the first film still alive, or are we entering a darker and more serious phase? Where the first film was an initiation story paired with an anti-imperialist war film, and the second was a family story paired with an inter-species resistance film, where does this third installment take us? Towards an emancipation story and a civil war film? What does it bring to the table? Both a lot and not much? The answer is indeed more nuanced than expected…
More than its universe, characters, or themes, the main appeal of the Avatar franchise remains its promise of an unprecedented spectacle enabled by innovative technology. However, having been filmed simultaneously with “The Way of Water,” “Fire and Ash” is the first installment in the saga that no longer feels unprecedented in terms of technical progress. The film remains truly a journey to another world and a spectacular visual feast with cutting-edge special effects that offer a stunning level of detail in the movements, gazes, and facial expressions of characters that are entirely digital. 3D once again brings its share of thrills and immersion with remarkable depth of field – despite a more controversial frame rate variation – without ever going overboard.

It therefore remains a genuine big-screen experience, but one that ultimately proves less – or more precisely, less often – breathtaking than its predecessors. The immersive impact is not as strong, as the film conveys less imagination than the other two. While it does introduce new settings and new clans (the Wind Traders and the Ash People), it fails to explore them. The film does not play the card of discovering a new world again and – which is understandable for the conclusion of a trilogy – instead brings together elements from the two previous installments in a plot that seamlessly connects the three dimensions depicted: sea, land, and sky. Unfortunately, it does so by revisiting certain sequences that seem repetitive – both in terms of staging and the succession of kidnappings, liberations, and confrontations – making the whole thing a little too long, something the previous films always avoided despite their running time, even though this third installment is the most action-packed. This is why the final battle ultimately seems less memorable than other battles of lesser narrative significance but of greater innovation, such as the one in the skies or in a military base resembling a refinery-city, which illustrates the dark and metallic side of this new humanity. In short, Cameron unfortunately makes his imaginary universe too familiar for the spectacle to convey the same magic as the other two films. However, with exploration and the wonder that goes with it less prominent this time around, the narrative takes on greater importance in the film.
Pandora is not only a spectacular natural setting, it is also a world governed by ancient beliefs and rituals and populated by archetypal figures. It is a universal story that draws on a well-established mythological tradition, developing a Homeric founding tale in which the themes of filiation, transmission, sacrifice, and reconciliation are intertwined. This conclusion to the first Avatar cycle thus develops more ambiguous moral conflicts and gives real attention to the evolution of its characters. Its starting point, in the aftermath of the tragic conclusion of the previous movie, is fascinating as it tackles the different paths taken by the Sully family in their grief through various flawed reactions and behaviors. “Fire and Ash” therefore expands on the themes of the first two installments, infusing them with a certain darkness and collective anger. It confronts the dilemmas that haunt Jake, the racist hatred towards humans that consumes Neytiri following the death of her child, the guilt coupled with a feeling of rejection that Lo’ak is going through, and the transformation of a Quaritch who is becoming more complex, torn between his status as a human weapon and an identity that transcends him. It also explores the relationship of living beings with nature and the planet itself, and takes the opportunity to launch a final offensive against a form of imperialism turning into colonialism through humans’ interest in the young Spider.

And, like the planet’s adaptation of this character, the film introduces some excellent ideas, some of which are quite extreme, although not always fully developed. It is, after all, a blockbuster that explores the xenophobia of one of its protagonists through the shame of her difference from the rest of the clans she represents. It is, after all, a film that depicts a suicide attempt and opens up a challenging debate on the premeditated murder of a child for the greater good of the species. These are much bolder script choices than in the second installment. Unfortunately, these strong ideas are not fully explored, nor is Quaritch’s mirrored trajectory with Jake, the weight of belief, or the introduction of Na’vis so disconnected from their environment that they become kamikazes, not to mention an antagonist (Oona Chaplin) who exudes sheer ferocity but whose intriguing violence and loss of faith are reduced to mere context. Symbolically, it’s a powerful script, but its lack of subtlety and narrative structure can only lead to frustration.
This feeling stems from the fact that the narrative repeatedly comes close to venturing in a fundamentally deeper or more interesting direction through these original ideas, before the characters give up or are prevented from taking a crucial decision. In essence, the context always gets in the way when the movie’s pace slows down around a matter to be explored. The narrative therefore fails to delve deep enough into its good ideas or allow its strong moments to breathe. And beyond some relatively poor dialogue and a fairly formulaic plot, the narration also creates a slight disconnect in the story. After a first film in which the narration was provided in an organic way by the hero through his debriefings for science, and a second in which it is still provided by the same character but in voice-over and from the family’s point of view, it switches to one of his sons in this third installment. Admittedly, this is a story of transition between the parents and the new generation, but the plot still focuses, at least equally, on the adults. A dual narrator in this installment, before focusing fully on the children, could potentially have avoided creating a disconnect between the film’s protagonists and the real main characters of the plot.
Frustrating at first glance and not as awe-inspiring as its predecessors, this “Avatar III” remains a great family adventure that doesn’t fully explore all its potential, but is fascinating enough in its father-son conflicts and fatherly duels to make you wish everyone a “Feliz Na’vi Dads”!
Raphaël Sallenave