Hedda
Performance Award (Hoss) – Middleburg & Toronto
Performance Award (Thompson) – Savannah
Production Design Craft Award – Virginia
2025

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Dès l’introduction le ton est donné, dans un prologue plein d’énergie au gré de magnifiques visuels qui fixe immédiatement le cadre de l’intrigue et ses enjeux. Dès ses premiers plans, « Hedda » nous happe donc par son style et ses personnages emballants. C’est l’histoire d’une nuit de folie qui se déroule exclusivement dans une grande demeure à une époque indéterminée lors d’une fête plus extravagante que prévue … une sorte de ‘Babylon’ de la manipulation !
Adapté de la célèbre pièce « Hedda Gabler » (1891) d’Henrik Ibsen, le film de Nia DaCosta (Little Woods ; Candyman ; 28 ans plus tard : le temple des morts) conserve la trame de l’histoire, avec ses dynamiques et motivations de personnages, mais bouleverse les éléments du récit de manière audacieuse et intrigante. « Hedda » transpose ainsi son intrigue dans une époque indéterminée qui joue des anachronismes dans les dialogues et les musiques par rapport aux décors, voitures et costumes. Mais l’adaptation va plus loin, en ajoutant un cinquième acte, en modifiant largement l’introduction et la conclusion, en se déroulant exclusivement lors d’une soirée qui n’est qu’évoquée dans la pièce d’origine, ainsi qu’en faisant de la protagoniste une femme noire et des ex-amants deux femmes lesbiennes. La nature du récit en est inévitablement altérée tout en conservant les codes du théâtre classique, de son unité de temps (ici, une soirée) à son unité de lieu (ici, la grande demeure), jusqu’à son unité d’action sur une seule et unique intrigue que l’on suit tout du long à travers les objectifs et le point de vue de sa protagoniste.
Mais cette transposition queer de l’intrigue n’en dénature pas pour autant le propos, tant « Hedda » est bien le portrait de son personnage-titre qui est de tous les plans, toujours filmée à sa hauteur, selon son point de vue. C’est ainsi que malgré son comportement sournois, pervers, voire sociopathe, elle devient fascinante grâce à une Tessa Thompson (Sorry to Bother You ; Passing) qui crève l’écran aux côtés de Nina Hoss (Tár), Tom Bateman, Imogen Poots et Nicholas Pinnock. C’est une femme dont le mode de vie dépend du succès d’un mari qui l’ennuie. C’est une femme pleine d’assurance et d’élégance qui aime avant tout le contrôle et pour qui la manipulation est autant un jeu qu’une forme de libération d’un carcan masculin qui ne sait pas satisfaire une femme. Semer le chaos et la discorde satisfait ainsi non seulement un certain plaisir destructeur mais lui permet aussi d’explorer ses désirs.

Bien que le film prenne des libertés dans l’adaptation de la pièce, il conserve un style et une atmosphère très théâtral, de ses dialogues à ses personnages presque en surjeu interprétant une certaine bourgeoisie jouant dans la classe au-dessus. Sur les compositions de Hildur Guðnadóttir (Joker ; Tár), la mise en scène met ainsi en lumière cet univers fastueux et ostentatoire dans une somptueuse photographie de Sean Bobbitt (12 Years A Slave ; Judas and the Black Messiah) qui joue de judicieux et splendides choix de cadrage, d’angles et d’éclairage. C’est une ‘big party’, ce qui implique inévitablement de nombreux invités qui ne cessent de se regarder. Et quoi de mieux que les reflets de nombreux miroirs pour illustrer ces jeux de regards. Mais les décors et costumes participent aussi à la représentation de cet univers et état d’esprit du protagoniste-hôte, en apparaissant correspondre à une certaine époque tout en étant plus sexy et révélateurs que la bienséance de cette époque ne le permettrait. En somme, c’est une œuvre à la fois élégante, rythmée et maîtrisée qu’il est bien dommage de ne pouvoir découvrir qu’en streaming (sur Prime) chez nous en France.
Raphaël Sallenave
Right from the opening scene, the tone is set in an energetic prologue featuring gorgeous visuals that immediately establish the plot and its stakes. From the very first shots, “Hedda” captivates us with its thrilling style and characters. This is a one-crazy-night-movie that takes place exclusively in a big estate at an unspecified time during a party that turns out to be more outrageous than expected… a kind of ‘Babylon’ of manipulation!
Adapted from Henrik Ibsen’s famous play “Hedda Gabler” (1891), Nia DaCosta’s film (Little Woods; Candyman; 28 Years Later: The Bone Temple) retains the story’s plot, with its character dynamics and motivations, but boldly and excitingly departs from its narrative elements. “Hedda” is thus set in an unspecified era, with anachronistic dialogue and music in relation to the sets, cars, and costumes. But the adaptation goes even further, adding a fifth act, significantly altering the introduction and conclusion, taking place exclusively during a party that is only mentioned in the original play, and turning the protagonist into a Black one and the love interests into lesbian women. The nature of the story is then inevitably altered, while still respecting the conventions of classical theater, from its unity of time (here, one night) to its unity of place (here, the big mansion), to its unity of action on a single plot that we follow throughout through the goals and point of view of its protagonist.
But this queer transposition of the plot does not distort its point, as “Hedda” is very much a portrait of its title character, who is in every shot, always shot at her level, from her point of view. Thus, despite her devious, perverse, even sociopathic behavior, she becomes fascinating thanks to Tessa Thompson (Sorry to Bother You; Passing), who lights up the screen alongside Nina Hoss (Tár), Tom Bateman, Imogen Poots, and Nicholas Pinnock. She is a woman whose lifestyle depends on the success of a husband who bores her. She is a self-assured and elegant woman who loves control above all else and for whom manipulation is as much a game as it is a form of liberation from a male shackle that does not know how to please a woman. Sowing chaos and discord thereby not only fulfills a certain destructive pleasure but also allows her to explore her desires.

Although the film takes liberties in adapting the play, it nevertheless keeps a very theatrical style and atmosphere, from its dialogues to its characters, who are almost overacting as they portray a certain bourgeoisie acting in the class above. Featuring a score by Hildur Guðnadóttir (Joker; Tár), the direction highlights this lavish and showy world in Sean Bobbitt’s (12 Years a Slave; Judas and the Black Messiah) stunning cinematography, which makes clever and beautiful choices in framing, angles, and lighting. It’s a ‘big party’, which naturally means lots of guests who are always eyeing each other. And what better way to capture these gazes than through the reflections of multiple mirrors? But the sets and costumes also add to the depiction of this world and mood of the protagonist-host, looking like they’re from a certain era while being sexier and more revealing than the decorum of that time would allow. All in all, this is an elegant, fast-paced and sophisticated film. What a shame to experience it on streaming (Prime).
Raphaël Sallenave