Rsg Production

X

2022

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Le désir peut causer des ravages. Telle pourrait être la morale de « X », long-métrage d’horreur écrit et réalisé par Ti West, et dans lequel l’excellente Mia Goth (A Cure for Life, Le Secret des Marrowbone, Suspiria) interprète à la fois la fougueuse Maxine et la tourmentée Pearl. En 1979, Maxine et ses compagnons aspirent à devenir des étoiles de l’alors novateur monde pornographique en tournant un film X dans la propriété isolée de Howard et Pearl, un couple de personnes âgées. Mais ce séjour transgressif vire petit à petit au cauchemar…

Le film peut chronologiquement être divisé en deux parties. Le cadre général de l’histoire est ainsi posé dans la première section : y sont présentés et assez bien approfondis les différents personnages de l’intrigue, y est parfaitement saisi le paysage et s’y instillent doucement les premiers relents de craintes pour la suite. Véritable mise en abyme cinématographique, le tournage du film pornographique effectué par les protagonistes ajoute de la qualité à la photographie de « X », déjà majestueusement travaillée dans de nombreuses séquences.

La seconde partie du film, clairement horrifique, est à la fois une reprise de nombreux clichés de meurtres et une série de clins d’œil à des classiques devenus poncifs. En revanche, ce pêle-mêle fonctionne plutôt bien grâce aux personnages justement travaillés pour « s’accorder » à leur sort, mais aussi et surtout grâce à ce soupçon d’autodérision qui (lorsqu’il est perçu) change radicalement la perspective du long-métrage.

D’un point de vue plus philosophique, « X » traite sans ambiguïté du thème de la sexualité, avec d’un côté une jeunesse relativement délurée et de l’autre une vieillesse d’apparence privée de tout désir. Cependant, ce n’est pas si binaire puisque, comme le suggère le film, des barrières personnelles peuvent s’ériger ou s’effondrer en fonction des circonstances. L’on peut de surcroît interpréter « X » comme une critique ambivalente du puritanisme états-unien – représenté dans le film par l’apparition récurrente d’un télévangéliste – mais aussi comme une satire de la libération sexuelle des années 1970 – avec une évidente exagération des sex-symbols.

Au demeurant, clichés ou non, prises de position ou non, « X » présente de nombreuses qualités techniques et esthétiques qui plairont aux cinéphiles. Quant à la seule intrigue du film, elle mériterait certes un peu plus de profondeur, mais sa préquelle (Pearl) et sa prévue suite (MaXXXine) sembleraient pallier ce léger creux.

Axel Chevalier

 

Desire can cause havoc. This could be the lesson of “X”, a horror film written and directed by Ti West, in which the excellent Mia Goth (A Cure for Life, The Secret of the Marrowbones, Suspiria) plays both the spirited Maxine and the tormented Pearl. In 1979, Maxine and her companions aspire to become stars of the then-innovative pornographic world by shooting an X-rated film at the isolated estate of Howard and Pearl, an elderly couple. But this transgressive stay gradually turns into a nightmare…

The film can be chronologically divided into two parts. The general framework of the story is set in the first section: the different characters of the plot are introduced and quite well explored, the landscape is perfectly captured and the first hints of fear for the future are slowly instilled. As a genuine mise en abyme, the shooting of the porno movie made by the protagonists adds extra quality to the cinematography of “X”, already wonderfully crafted in many sequences.

The second part of the film, distinctly horrific, is both a rehash of many murder clichés and a series of nods to classics that have become commonplace. On the other hand, this jumble works rather well thanks to the characters who are properly tailored to « fit » their fate, but also and especially thanks to this hint of self-mockery that (when perceived) radically changes the perspective of the feature film.

From a more philosophical point of view, “X” deals unambiguously with the theme of sexuality, with on the one hand a relatively wild youth and on the other hand an old age seemingly deprived of any desire. However, it is not so binary since, as the film suggests, personal boundaries can rise or fall depending on the circumstances. Moreover, “X” can be interpreted as an ambivalent critique of American puritanism – represented in the film by the recurring appearance of a televangelist – but also as a satire of the sexual liberation of the 1970s – with an obvious exaggeration of the sex symbols.

However, clichés or not, opinions and statements or not, “X” has many technical and aesthetic qualities that will please movie lovers. As for the film’s plot alone, it certainly deserves a little more depth, but its prequel (Pearl) and its planned sequel (MaXXXine) would seem to make up for this slight shortcoming.

Axel Chevalier

Pearl
MaXXXine