Rsg Production

La Tour de Glace

 
Herz aus Eis (The Ice Tower)
 
Ours d’Argent (contribution artistique) – Berlin
Meilleur Film – Neuchâtel

2025

FR                   EN

 

“Vaste, immense et scintillant comme la glace était le Royaume de la Reine des Neiges”. C’est par ces mots enchanteurs exprimés en voix-off que débute « La Tour de Glace », étrange long-métrage de Lucile Hadžihalilović, lauréat de l’Ours d’Argent du dernier Festival de Berlin. À la charnière entre le fantastique et le dramatique, ce film, librement inspiré du célèbre conte « La Reine des Neiges » de Hans Christian Andersen, nous emporte dans la froideur du monde et surtout de l’âme humaine.

Nous voilà dans les années 1970, quelque part dans les montagnes enneigées d’une France isolée. Jeanne, une adolescente orpheline en quête de sens, décide de fuguer de son foyer pour rejoindre la ville dans la vallée. Mais par un (d’abord triste puis heureux) concours de circonstance, la jeune fille participe au tournage d’un film sur son histoire préférée, aux côtés de Cristina, une actrice sombre et ténébreuse qui incarne la Reine des Neiges. Une relation se crée alors entre les deux femmes, et ce bien au-delà de l’univers glacial dans lequel elles évoluent.

Esthétiquement, « La Tour de Glace » a une patte sans nul autre pareil. À quelques rares exceptions, l’image se caractérise par des couleurs particulièrement ternes et froides, où le bleu et le gris l’emportent même sur le blanc de cette neige artificielle de studio de cinéma. Et pourtant, certaines scènes semblent nous illuminer tant elles paraissent surréelles. C’est notamment le cas des séquences du film où jouent Jeanne et Cristina, durant lesquelles l’on se sent envoûté par une atmosphère hors du temps et de l’espace, rehaussée par un grain à l’image et des compositions musicales à la fois douces et glaçantes. « La Tour de Glace » joue d’ailleurs sur cette mise en abyme avec différents usages des décors, des costumes et même des dialogues, de sorte que progressivement se confondent rêve et réalité dans une double intrigue qui vire au cauchemar.

Cristina (Marion Cotillard) se révèle en effet plus hypnotique mais aussi plus insidieuse encore que son rôle de Reine des Neiges, ce que Jeanne (Clara Pacini) comprend trop tardivement et à ses dépens. « La Tour de Glace » constitue ainsi un conte contemporain reprenant le motif de l’innocence d’une jeune fille brisée par des personnages aux intentions ambiguës et malsaines, sans pour autant donner de morale ou plutôt de conclusion claire. C’est donc un film singulier qui peut comme ne peut pas laisser de glace.

Axel Chevalier

 

‘Vast, immense, and sparkling like ice was the Kingdom of the Snow Queen’. These enchanting words, spoken in voiceover, open “The Ice Tower,” a strange feature film directed by Lucile Hadžihalilović, winner of the Silver Bear at the latest Berlin Film Festival. Straddling the line between fantasy and drama, this film, loosely based on Hans Christian Andersen’s famous tale “The Snow Queen”, transports us into the coldness of the world and, above all, of the human soul.

Set in the 1970s, somewhere in the snowy mountains of isolated France, Jeanne, an orphaned teenager in search of meaning, decides to run away from home to the town in the valley. But through a series of circumstances (at first unfortunate, then fortunate), the young girl ends up participating in the filming of a movie based on her favorite story, alongside Cristina, a dark and mysterious actress who plays the Snow Queen. A relationship then develops between the two women, extending far beyond the icy world in which they live.

Visually, “The Ice Tower” has a style unlike any other. With a few rare exceptions, the picture is characterized by particularly dull and cold colors, where blue and gray prevail even over the white of the artificial snow in the movie studio. And yet, some scenes seem to shine with their surreal light. This is particularly true of the sequences featuring Jeanne and Cristina, during which we feel spellbound by an atmosphere that transcends time and space, enhanced by the graininess of the image and musical compositions that are both gentle and chilling. “The Ice Tower” plays on this mise en abyme with different uses of sets, costumes, and even dialogue, so that dream and reality gradually merge in a double plot that turns into a nightmare.

Cristina (Marion Cotillard) proves to be even more hypnotic and insidious than her role as the Snow Queen, something that Jeanne (Clara Pacini) realizes too late and at her own expense. “The Ice Tower” is therefore a modern-day fairy tale that revisits the theme of a young girl’s innocence being shattered by characters with ambiguous and unhealthy intentions, without offering any moral or clear conclusion. This is a unique film that may or may not leave you cold.

Axel Chevalier

Sibyl
Ça tourne à Séoul