Rsg Production

Retour à Séoul

 
(Return to Seoul)
 

2023

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Dès le premier plan, Davy Chou installe une atmosphère singulière entre mélancolie et liberté dans ce beau film délicat et imprévisible à rebours des clichés présenté au Festival de Cannes dans “Un Certain Regard” l’an dernier. Il met en scène une Française née en Corée et adoptée bébé qui revient sur ses terres natales 25 ans plus tard en s’inspirant du parcours d’une de ses amies, Laure Badufle, et en apposant sa propre vision de Français né de parents cambodgiens. C’est un film qui va à la fois à l’encontre de la représentation des personnages asiatiques féminins et de l’idée de la réconciliation avec soi comme une finalité.

Pour son second long-métrage, Davy Chou met ainsi en scène une héroïne au caractère bien trempé, une combattante dans l’âme toujours tendue par sa rage et sa tristesse. C’est une femme libre qui aime bousculer les autres, les repousser et se perdre alors qu’elle est partagée dans un choc culturel entre l’attrait vers ses origines et la distance qu’elle ressent avec ses familles. C’est l’histoire d’une femme étrangère à ses propres racines qui s’émancipe de toutes les identités qu’on lui assigne !

Et en cela, le film épouse les caractéristiques de sa protagoniste dans sa spontanéité, son imprévisibilité, son errance, et dérive avec elle au fil de fausses fins et de fausses pistes rythmées par de fréquentes ellipses et ruptures de ton qui déstabilisent aussi bien les personnages que les spectateurs.

« Retour à Séoul » prend son temps pour montrer comment un retour aux origines peut bousculer un parcours de vie. D’une part, c’est plus un film sur l’abandon et ses multiples facettes qu’un film sur l’adoption, et d’autre part c’est moins une quête d’origines qu’une quête d’émancipation où le chemin pour se trouver et se définir se révèle long avec un personnage qui ne cesse de se reconstruire et de se réaffirmer. Le retour au pays et les retrouvailles de familles sont loin de refermer la blessure partagée dans ce film qui mélange les émotions des regrets aux incompréhensions mutuelles jusqu’aux élans de colère intraduisibles dans la culture de la politesse coréenne. Sans pour autant être lourd, il nous laisse joyeux avec de nombreuses musiques énergiques.

Si le film se distingue par son esthétique avec un cadrage travaillé et un enchaînement fluide entre plans de villes de nuit et de nature dépaysants, c’est véritablement l’actrice principale qui porte le film par sa performance captivante. Park Ji-Min – artiste plasticienne dont c’est le premier film – est absolument de tous les plans et impose une impressionnante présence et authenticité aussi violente que vulnérable. Davy Chou filme ainsi sa palette d’émotions contradictoires, son énergie, ses silences. Un très beau film qui restera en mémoire.

Raphaël Sallenave

 

From the very first shot, Davy Chou sets a singular tone between melancholy and freedom in this beautiful, delicate and unpredictable film that defies clichés. It was presented at the Cannes Film Festival in « Un Certain Regard » last year and features a French woman born in Korea and adopted as a baby who comes back to her native land 25 years later, inspired by the journey of one of her friends, Laure Badufle, and putting his own vision of a Frenchman born of Cambodian parents. It is a movie that goes against both the representation of Asian female characters and the idea of self- reconciliation as an ultimate purpose.

For his second feature, Davy Chou portrays a strong-willed heroine, a fighter at heart, always tense with rage and sadness. She is a free woman who likes to challenge others, to push them away and to get lost while she is torn between the pull towards her origins and the distance she feels from her families. This is the story of a woman who is a stranger to her own roots and who emancipates herself from all the identities assigned to her!

In this respect, the film embraces the characteristics of its protagonist in her spontaneity, her unpredictability, her wandering, and drifts with her through false endings and false trails punctuated by frequent time jumps and breaks in tone that unsettle both the characters and the audience.

“Return to Seoul” takes its time to show how a journey back to one’s origins can shake up one’s life path. On the one hand, this is more a film about abandonment and its multiple layers than a film about adoption, and on the other hand, it is less a quest for origins than a quest for emancipation where the path to find and define oneself proves to be a long one with a character who never ceases to rebuild and reaffirm herself. The return home and the family reunion are far from closing the shared wound in this film that mixes emotions from regrets to mutual misunderstandings all the way to bursts of anger untranslatable in the culture of Korean manners. Yet without being heavy, it leaves us joyful with many energetic tunes.

If the film stands out for its aesthetics with an elaborate framing and a seamless transition between nighttime city shots and disorienting nature, it is really the lead actress who carries the film with her captivating performance. Park Ji-Min – a visual artist whose first film this is – is in every shot and brings an impressive presence and authenticity, as violent as vulnerable. Davy Chou captures her palette of conflicting emotions, her energy, her silences. A wonderful movie that will live on in memory.

Raphaël Sallenave

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