Rsg Production

Muganga – Celui qui soigne

 
Meilleur Acteur – Angoulême
Prix du Public – Angoulême

2025

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Partout dans le monde, la première victime des conflits reste la femme. Ce film vient ainsi rendre hommage au courage du Dr. Denis Mukwege et des femmes qu’il soigne et répare jour après jour, année après année, dans l’est du Congo. Le Prix Nobel de la Paix 2018 a en effet consacré sa vie à ces femmes mutilées, détruites et laissées en vie dans le seul but d’instaurer un climat de peur au Kivu où le viol est devenu une arme, et où le minerai, dont le coltan et autres terres rares, a plus de valeur que la dignité humaine.

Le film de Marie-Hélène Roux, dont le titre signifie ‘soigneur’ en swahili, se concentre sur la rencontre et la relation humaine & professionnelle entre le Dr. Mukwege et le chirurgien belge Guy-Bernard Cadière, spécialiste de la laparoscopie qui vint apporter son assistance au sein de l’hôpital de Panzy où femmes et enfants étaient recueillis et aidés. « Muganga » fait ainsi à la fois l’éloge d’un héros dévoué et menacé de mort, mais dénonce aussi publiquement l’inaction de la communauté internationale et vise à impulser enfin un changement sur ce sujet peu relayé médiatiquement, qui fait face à des enjeux financier et politiques éclipsant trop souvent ces violences endémiques en RDC qui voit près de 1.100 femmes violées par jour avant d’être rejetées par leur communauté pour avoir justement subi cette brutalité sans nom.

Mais si le sujet est extrêmement important et en cela le film bel et bien nécessaire, le message étouffe quelque peu la mise en scène. Malgré une excellente idée dans la scène d’ouverture et quelques séquences d’un réalisme crû assez réussies, la mise en scène de la cinéaste française ne convainc malheureusement pas vraiment. Mis à part les protagonistes principaux, très bien joués par Isaach de Bankolé (The Brutalist ; Chocolat), Vincent Macaigne (Bonnard, Pierre et Marthe ; Irma Vep) et Manon Bresch (Voleuses ; Mortel), peu de personnage émergent de ce scénario didactique qui se contente trop d’exposer les faits et de rappeler l’importance du combat à coups de dialogues explicatifs et soulignés.

Le point de vue choisi en se concentrant sur les deux ‘muganga’, ne donne de plus que peu la parole aux victimes et peine à explorer le contexte politique assez complexe de la région. Bien que le choix de répartir tout au long de la trame, des aspects de l’éreintant parcours d’une femme pour se rendre jusqu’à la clinique soit judicieux, le scénario n’illustre pas suffisamment la double peine sociale que ce choix douloureux et ce parcours du combattant lui incombe. Il laisse également trop de côté le ressenti ou le vécu de ces victimes, ainsi que les conflits moraux et religieux qui apparaissent entre les protagonistes, notamment sur la question de l’avortement, bien qu’il glisse de belles répliques marquantes sur le fait que la médecine ne doive pas devenir un dogme (entre soigner et sauver des vies), ou encore sur le fait que la peur soit plus forte que la mort !

Raphaël Sallenave

 

All over the world, women remain the primary victims of conflict. This film pays tribute to the courage of Dr. Denis Mukwege and the women he treats and heals day after day, year after year, in eastern Congo. The 2018 Nobel Peace Prize winner has dedicated his life to these women who have been mutilated, ruined, and left alive for the sole purpose of instilling fear in Kivu, where rape has become a weapon and where minerals such as coltan and other rare earths are more valuable than human dignity.

Marie-Hélène Roux’s film, whose title means “healer” in Swahili, focuses on the meeting and the human & professional relationship between Dr. Mukwege and Belgian surgeon Guy-Bernard Cadière, a specialist in laparoscopy who came to help at the Panzy hospital where women and children were taken in and cared for. “Muganga” thus praises a selfless hero under threat of death, but also publicly speaks out against the inaction of the international community and aims to finally bring about change on this issue, which gets little media coverage and faces financial and political challenges that too often overshadow the endemic violence in the DRC, where nearly 1,100 women are raped every day before being cast aside by their communities for having suffered this unspeakable brutality.

But while the subject matter is extremely important, and the film is therefore very much necessary, the message somewhat overshadows the execution. Despite an excellent idea in the opening scene and a few sequences of raw realism that are quite successful, the French filmmaker’s approach is unfortunately not entirely convincing. Apart from the main characters, who are very well played by Isaach de Bankolé (The Brutalist; Chocolat), Vincent Macaigne (Bonnard, Pierre and Marthe; Irma Vep) and Manon Bresch (Wingwomen; Mortel), few characters stand out in this didactic script, which is too limited to simply stating the facts and emphasizing the importance of the struggle through explanatory and overemphasized dialogue.

The perspective chosen, focusing on the two ‘muganga’, also gives little voice to the victims and struggles to explore the region’s rather complex political context. Although the decision to scatter parts of a woman’s grueling journey to the clinic throughout the plot is a wise one, the script does not sufficiently convey the double social burden that this painful choice and arduous journey impose on her. It also leaves out too much of the victims’ feelings and experiences, as well as the moral and religious arguments that arise between the protagonists, particularly on the issue of abortion, although it does slip in some beautiful, striking lines about how medicine should not become a dogma (between treating and saving lives), or how fear is stronger than death!

Raphaël Sallenave

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