Renoir
ルノワール
2025

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Oui le titre de ce film japonais présenté au festival de Cannes fait bien référence au peintre français, mais n’a guère à voir avec Auguste Renoir lui-même, si ce n’est lors d’une scène rappelant la fascination que la réalisatrice avait étant petite pour son tableau « Portrait d’Irène Cahen d’Anvers ». Mais ce titre évoque plutôt l’aspect pictural du film qui – comme le tableau qu’il référence – allie impressionnisme et réalisme pour dessiner un portrait d’enfant sensible par petites touches disséminées dans une belle palette de couleurs.
Après le grand âge dans « Plan 75 », Chie Hayakawa explore donc ici l’enfance dans un mélange de fantaisie, poésie et gravité avec ce portrait plein de délicatesse d’une fillette débordant de vitalité et d’imagination en quête de liens, en équilibre entre le monde de l’enfance et celui des adultes. Bousculée par toutes sortes d’émotions qu’elle doit gérer seule, de la peur à la culpabilité en passant par l’émerveillement, elle se cherche, erre et découvre le monde. Entre un père hospitalisé et une mère dépassée, la jeune fille n’aspire qu’à établir des relations et explore pour cela toute forme de communications. Elle converse ainsi par téléphone, elle aime les tours de magie, et s’essaie même à l’hypnose … comme si elle tentait de maîtriser des forces qui la dépassent : l’amour (sa mère), la mort (son père), et la vie (elle-même).
Porté par une performance d’une rare intensité de la jeune actrice Yui Zuzuki qui parle peu mais dit beaucoup, « Renoir » installe une atmosphère d’une tendresse et d’une tranquillité infinies à travers les beaux cadres et éclairages de Hideho Urata ainsi que les compositions de Rémi Boubal. Cette atmosphère transmet plus un ressenti qu’une véritable intrigue. Car s’il y a bien une histoire, le film n’offre pas vraiment de trame narrative. Sans enjeux clairement établis, il transmet plutôt des sensations que la cinéaste capture par petites touches tel un journal intime explorant de nombreuses pistes assemblées assez librement, comme une mosaïque. Ce choix de forme ne donnant jamais véritablement de cap au film peut le rendre un peu confus et parfois lent, mais c’est aussi une façon de mettre en scène le regard de l’enfant sur cette intime histoire de famille. « Renoir » est ainsi un subtil portrait qui, sans être jamais triste, dépeint l’espoir du contact avec les autres et questionne le ressenti d’un être pour ce qu’un autre peut traverser.
Raphaël Sallenave
Yes, the title of this Japanese film presented at the Cannes Film Festival does refer to the French painter, but it has little to do with Auguste Renoir himself, except for a scene reminiscent of the director’s childhood fascination with his painting “Portrait of Irene Cahen d’Anvers.” But the title actually speaks more to the film’s visual style, which – like the painting it references – blends impressionism and realism to draw a sensitive portrait of a child with small touches scattered across a beautiful palette of colors.
After addressing old age in “Plan 75”, Chie Hayakawa now explores childhood in a blend of fantasy, poetry, and gravity with this delicate portrait of a girl bursting with vitality and imagination, searching for connections and balancing between the worlds of childhood and adulthood. Overwhelmed by all kinds of emotions that she must deal with on her own, be it fear, guilt, or wonder, she searches for herself, wanders, and discovers the world. Between a hospitalized father and an overwhelmed mother, the young girl longs only to establish relationships and therefore explores all forms of communication. She talks on the phone, loves magic tricks, and even tries her hand at hypnosis… as if she were trying to master forces beyond her control: like love (her mother), death (her father), and life (herself).
Driven by a performance of rare intensity from young actress Yui Zuzuki, who speaks little but says a lot, “Renoir” creates an atmosphere of infinite tenderness and tranquility through Hideho Urata’s beautiful framing and lighting and Rémi Boubal’s original score. This atmosphere conveys more of a feeling than an actual plot. Indeed, while there is a story, the film does not really offer any storyline. Without clearly establishing the stakes, it rather conveys sensations that the filmmaker captures in small touches, like a diary exploring numerous threads assembled quite freely, much like in a mosaic. This choice of style, which never really gives the film a clear direction, can make it a little confusing and sometimes slow, but it is also a way of portraying this intimate family story through the eyes of a child. “Renoir” is therefore a subtle portrait which, without ever being sad, depicts the hope of reaching out to others and questions how one person can relate to what another is going through.
Raphaël Sallenave