Sept Jours
Haft Rooz (Seven Days)
2024/2025

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Une militante iranienne des droits humains est libérée lors d’une permission de sept jours pour examens médicaux. Mais à son insu, son frère a tout organisé pour qu’elle parte à l’étranger et rejoigne la frontière turque (et plus précisément kurde) où l’attend sa famille émigrée depuis quelques années en Allemagne. Mais plus qu’un film de fuite, c’est avant tout un film de lutte dont la protagoniste se sent coupable d’abandonner son combat et de faire le jeu du pouvoir iranien qui préfère que les opposants quittent le territoire.
Le film nous plonge ainsi dans un dilemme politico-sentimental questionnant les frontières entre l’engagement familial d’une mère et la loyauté d’une militante envers les autres femmes toujours en lutte. Une mère a-t-elle le droit d’être d’abord une activiste ? Jusqu’où peut-on sacrifier son bonheur individuel et sa vie de famille ? Une victoire pour la liberté peut-elle être gagnée en désertant ? Mais est-ce réellement déserter, que de s’exiler ? Et d’où combat-on le mieux ? Est-on plus utile à l’extérieur, libre de sa parole et de ses mouvements ? Ou à l’intérieur, réprimée mais intègre, emprisonnée mais visible et incontestable ?
Réalisé par Ali Samadi Ahadi (Salami Aleikum) et écrit par Mohammad Rasoulof (Les Graines du Figuier Sauvage), « Sept Jours » a été produit en Allemagne et tourné notamment dans les montagnes enneigées de Géorgie. Ayant tous deux fait le choix de l’exil, les deux cinéastes iraniens signent un film intime et intense qui fait bien évidemment écho au mouvement Femme, Vie Liberté, mais rend aussi un hommage limpide à Narges Mohammadi, qui a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2023, et à toutes celles et ceux luttant encore au sein des frontières de la République islamique d’Iran.
Porté par une convaincante Vishka Asayesh – qui joue ici son premier rôle sans voile et renonce ainsi de facto au cinéma iranien officiel dont elle était pourtant une des vedettes les plus populaires depuis vingt ans – le film s’avère intéressant et intrigant par sa confrontation entre devoir politique et amour maternel mais aurait gagné à développer plus tôt ce cas de conscience et peut-être d’une manière un peu plus fine. Car si les scènes de fuite à travers les villes et les montagnes sont tout à fait convaincantes, le cœur du sujet se fait malheureusement un peu trop attendre pour finalement être expédié assez vite notamment dans l’excellente séquence entre la protagoniste et sa fille adolescente qui aborde avec une grande justesse le versant intime de l’exil devant des enfants qui en veulent à une mère absente et ne parlent déjà plus sa langue. Si la forme est donc légèrement décevante, le fond lui est définitivement mémorable : ‘ne me libérez pas, je m’en charge !’
Raphaël Sallenave
An Iranian human rights activist is released on a seven-day furlough for medical examinations. But unbeknownst to her, her brother has arranged for her to leave the country and travel to the Turkish (and more specifically Kurdish) border, where her family, who emigrated to Germany several years ago, is waiting for her. But more than a film about an escape, it is above all a film about a struggle, in which the protagonist feels guilty about abandoning her fight and playing into the hands of the Iranian authorities, who would much rather see their opponents leave the country.
The film thus throws us into a political and emotional dilemma, questioning the boundaries between a mother’s commitment to her family and an activist’s loyalty to other women still fighting. Does a mother have the right to be an activist first and foremost? How far can we sacrifice our individual happiness and family life? Can a battle for freedom be won by deserting? But is going into exile really deserting? And where is the best place to fight? Are we more useful on the outside, free to speak and move as we please? Or on the inside, repressed but honest, imprisoned but visible and undeniable?
Directed by Ali Samadi Ahadi (Salami Aleikum) and written by Mohammad Rasoulof (The Seed of the Sacred Fig), “Seven Days” was produced in Germany and filmed mainly in the snow-covered mountains of Georgia. Having both chosen exile, the two Iranian filmmakers deliver an intimate and intense film that clearly echoes the Woman, Life, Freedom movement, but also pays a clear tribute to Narges Mohammadi, who received the Nobel Peace Prize in 2023, and to all those still fighting within the borders of the Islamic Republic of Iran.
Led by a compelling Vishka Asayesh – who plays her first role without a veil, thereby effectively giving up her career in mainstream Iranian cinema, where she had been one of the most popular stars for twenty years – the film is interesting and intriguing in its exploration of the conflict between political duty and maternal love, but it would have benefited from developing this moral dilemma earlier and perhaps in a slightly more subtle way. After all, while the scenes of escape through cities and mountains are totally engaging, the heart of the matter unfortunately takes a little too long to emerge, only to be dealt with rather quickly, particularly in the excellent sequence between the protagonist and her teenage daughter, which accurately addresses the intimate side of exile in front of children who resent their absent mother and no longer speak her language. While the picture is slightly disappointing, its substance is definitely unforgettable: “Don’t free me, I’ll take care of it myself!”
Raphaël Sallenave