Contes du Hasard
et Autres Fantaisies
偶然と想像 – Gūzen to sōzō
(Wheel of Fortune and Fantasy)
Grand Prix du Jury – Berlin
Montgolfière d’Or – 3 Continents Nantes
2021/2022

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Avant le succès retentissant de « Drive My Car », Ryūsuke Hamaguchi réalisait trois courts-métrages au cœur d’un triptyque sur l’amour et le désir. Avec « Contes du hasard et autres fantaisies », le réalisateur japonais nous raconte trois histoires avec comme éléments déclencheurs le hasard des rencontres d’un amour silencieux. Dans ce film, le réalisateur japonais puise son inspiration dans le cinéma de Rohmer où l’ordinaire se meut en une anthropologie romantique et amorale.
Conte numéro un. Au cours d’un long plan-séquence, deux amies discutent à l’arrière d’un taxi. Alors que son amie lui raconte son rendez-vous avec un homme encore touché par sa récente rupture, Meiko découvre au fil de la discussion que l’homme au centre du récit n’est autre que Kazuaki son ancien amoureux dont elle est toujours éprise.
Conte numéro deux. Face au succès littéraire d’un de ses anciens professeurs qu’il exècre et jalouse au plus haut point, Sasaki décide de le piéger à l’aide de Nao, son plan cul. Il charge la jeune femme de séduire monsieur Segawa au cours d’une lecture tirée d’un passage érotique de son livre. Alors qu’elle entame la lecture, rien ne se déroule comme prévu et le professeur écoute intimidé par la voix de Nao, fuyant toutes formes de contact physique. Hamaguchi livre dans cette remarquable séquence un érotisme d’une profonde intensité sans aucune forme de sexualité. Le désir réside alors dans la voix, celle de Nao, qui envoute Segawa aussi bien que nous, le témoin et voyeur de ce conte du désir.
Dans le troisième et dernier conte, nous assistons aux retrouvailles de Nana et Moka deux femmes de quarante ans qui ne se sont plus vues depuis le lycée. Alors qu’elles se remémorent les souvenirs communs, elles découvrent que leurs récits divergent. Ont-elles chacune confondu l’autre ou bien l’une d’elles ferme-t-elle les yeux sur les traces d’un amour du passé.
Au terme de ces trois contes, Hamaguchi dresse avec une rare puissance la relation amoureuse dépourvue du moindre contact physique comme si la pandémie avait traversé les êtres de ses récits. L’amour se dessine chez Hamaguchi comme une figure du passé que l’on évoque. C’est un amour distant, aussi bien physique que temporel pourtant jamais dépossédé de sa force la plus précieuse, le désir inaltérable de l’autre.
Sacha Garcia
Before the resounding success of “Drive My Car”, Ryūsuke Hamaguchi directed three short films at the heart of a triptych on love and desire. With “Wheel of Fortune and Fantasy”, the Japanese director brings us three stories with the triggering elements of random encounters of a silent love. In this film, he draws his inspiration from the cinema of Rohmer, where the ordinary becomes a romantic and amoral anthropology.
Story one. In a long sequence, two friends are talking in the back of a cab. As her friend tells her about her date with a man still affected by her recent break-up, Meiko discovers as the discussion progresses that the man at the center of the story is none other than Kazuaki, her former lover with whom she is still in love.
Story two. Faced with the literary success of one of his former teachers whom he hates and is jealous to the highest point, Sasaki decides to trap him with the help of Nao, his sex friend. He asks the young woman to seduce Mr. Segawa during a reading from an erotic passage of his book. As she begins the reading, nothing goes as planned and the professor listens intimidated by Nao’s voice, fleeing all forms of physical contact. Hamaguchi delivers in this remarkable sequence an eroticism of a deep intensity without any form of sexuality. The desire then lies in the voice, Nao’s, which bewitches Segawa as well as us, the witness and voyeur of this tale of desire.
In the third and last story, we witness the reunion of Nana and Moka, two forty-year-old women who have not seen each other since high school. As they recall their shared memories, they discover that their stories diverge. Have they each confused the other or is one of them turning a blind eye to the traces of a past love.
By the end of these three tales, Hamaguchi draws up with a rare power the love relationship devoid of the slightest physical contact as if the pandemic had crossed the beings of his stories. In Hamaguchi’s work, love appears as a figure from the past that is summoned. It is a distant love, both physical and temporal, yet never deprived of its most precious force, the unalterable desire of the other.
Sacha Garcia