Le Triangle d’Or
(Madame)
2026

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À Paris, le Triangle d’Or est le surnom officieux d’un quartier à deux pas des Champs-Élysées où se concentrent un grand nombre de familles richissimes et de maisons de luxe. Et c’est dans cette zone très sélect que se retrouve, pour des raisons financières, le personnage de Laura, en tant que domestique d’un hôtel particulier. Pour son premier long-métrage inspiré d’une expérience personnelle, Hélène Rosselet-Ruiz nous invite ainsi à nous plonger dans un univers hors sol mais non sans parts d’ombre.
À l’exception de deux ou trois séquences, le film est un huis clos : toute l’intrigue reste cantonnée à cette vaste résidence, aussi tout simplement parce que l’héroïne et sa maîtresse de maison y sont enfermées – et espionnées. Les premières minutes forment en effet une succession d’enregistrements de caméras de vidéo-surveillance, format d’image que l’on recroise ensuite plus que régulièrement afin de rappeler que derrière tout ce faste, il y a une geôle.
Une prison dorée qui s’avère double, triple, voire quadruple. Premièrement pour Laura (incarnée par une imposante Malou Khebizi qui nous avait déjà électrisés dans « Diamant Brut ») qui, même si elle est grassement payée, est méconsidérée par ses employeurs et réduite à l’état de quasi-esclave. Deuxièmement pour ladite « Madame », Souria (incarnée avec prestance par Soundos Mosbah), femme de pouvoir en réalité condamnée à rester cloîtrée dans cet immeuble, à attendre désespérément le retour d’un amant qui ne la respecte pas vraiment. Troisièmement pour Emre (incarné par un Ziad Bakri non francophone), à la fois détenteur d’une certaine autorité paternelle intermédiaire et soumis à une hiérarchie sociale extrêmement pernicieuse. Quatrièmement (bien que symboliquement) pour la panthère, animal puissant et majestueux mais drogué et mis en cage, à cause d’un système patriarcal, princier, violent et aliénant.
Fort de retournements émotionnels et de répliques marquantes (dans un film de surcroît trilingue) qui rendent ce trio désenchanté attachant, « Le Triangle d’Or » étonne enfin pour sa conclusion si abrupte, à l’image d’un petit monde où l’on peut disparaître en un rien de temps.
Axel Chevalier
In Paris, the Golden Triangle (which is the French title) is the unofficial nickname for a neighborhood just a stone’s throw from the Champs-Élysées, home to a large number of extremely wealthy families and luxury brands. And it is in this very exclusive area that Laura, for financial reasons, finds herself working as a housekeeper in a private mansion. In her first feature film, inspired by a personal experience, Hélène Rosselet-Ruiz invites us to immerse ourselves in a world that seems beyond reach, yet which is not without its dark sides.
With the exception of two or three scenes, the film takes place entirely within closed doors: the entire plot is confined to this vast residence, simply because the heroine and her hostess are locked inside – and under surveillance. The opening minutes actually consist of a series of surveillance camera recordings, an image pattern that recurs quite frequently thereafter to remind us that behind all this opulence lies a prison.
A gilded cage that turns out to be twofold, threefold, or even fourfold. First, for Laura (played by the commanding Malou Khebizi, who had already blown us away in “Wild Diamond”), who – even though she is handsomely paid – is looked down upon by her employers and reduced to a state of near-slavery. Second, for the so-called ‘Madame’, Souria (played with command by Soundos Mosbah), a powerful woman who is in reality condemned to remain shut away in this building, desperately awaiting the return of a lover who doesn’t truly respect her. Third, for Emre (played by Ziad Bakri, who does not speak French), who possesses a certain degree of paternal authority yet is subject to an extremely pernicious social hierarchy. Fourth (albeit symbolically), for the panther – a powerful and majestic animal, yet drugged and caged – because of a patriarchal, aristocratic, violent, and alienating system.
Packed with emotional twists and memorable lines (in a film that’s trilingual, no less) that make this disillusioned trio endearing, “Madame” ultimately surprises with its abrupt ending, reflecting a small world where one can vanish in the blink of an eye.
Axel Chevalier