Urchin
Meilleur Acteur (Un Certain Regard) – Cannes
2026

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Plus dure sera la rechute. Le parcours de Mike nous rappelle indirectement cette sentence. Cet urchin, ce gamin des rues, ce sans-abri incarné par un singulier et pluriel Frank Dillane a tout pour être à la fois attachant et détestable, car déboussolé par ses dépendances et sa solitude. Prix d’interprétation masculine Un certain regard en 2025, « Urchin » est le premier long-métrage très personnel de l’acteur Harris Dickinson (« Caravage et moi », « Sans filtre », « Babygirl ») ; et le tout est assez étrange. Le film mêle en effet réalisme social (quasi documentaire), comédie dramatique (sur un sujet lourd et tabou) et même fantastique (parfois conceptuel).
Côté réalisme social, « Urchin », sans verser d’ailleurs dans le pathos, traite des personnes les plus marginales qui soient, à savoir les sans domicile fixe et les toxicomanes, puisque presque automatiquement ignorées par une société injuste dont nous faisons partie. D’où un aspect quasi documentaire, l’équipe du film – en premier lieu le réalisateur et l’acteur principal – s’étant densément investie dans des réseaux et associations d’aide aux sans-abris.
Côté comédie dramatique, pourtant, le film ne lésine pas sur les actions quelquefois grotesques et absurdes de Frank. Ce dernier, à la personnalité juvénile et instable, multiplie les réactions inattendues et à contre-courant qui le mènent à suivre une trajectoire peu conventionnelle. Sa vitalité n’enlève néanmoins rien à l’extrême fragilité de sa situation ; cette relative puérilité peut de fait être vue comme une vaine échappatoire aux malheurs qui le suivent.
Côté fantastique, justement, la présence de scènes oniriques bien amenées et qui semblent chapitrer et/ou ellipser l’histoire peut elle aussi être lue comme une plus rêveuse évasion de Mike face à ses problèmes. Bien que certains passages paraissent venir d’un monde autrement plus enchanté que les rues encrassées de Londres, ces séquences fabuleuses – et notamment cette fin mystérieuse – offrent un souffle original à un scénario qui est déjà étonnant.
Combinant ainsi plusieurs styles, registres et personnages, « Urchin » est d’une bizarrerie déroutante mais non moins plaisante.
Axel Chevalier
The harder the fall. Mike’s journey indirectly brings this saying to mind. This street urchin, this homeless boy, played by the singular and multifaceted Frank Dillane, has everything it takes to be both endearing and despicable, as he is adrift due to his addictions and loneliness. Winner of the Best Actor Award in the Un Certain Regard section at Cannes in 2025, “Urchin” is actor Harris Dickinson’s (“Babygirl”, “Triangle of Sadness”, “The Iron Claw”, “Postcards from London”) highly personal directing debut; and the whole thing is quite strange. The film blends social realism (almost documentary-style), dramatic comedy (on a heavy and taboo subject), and even fantasy (at times abstract) elements.
In terms of social realism, “Urchin” – without ever resorting to pathos – deals with society’s most marginalized members: the homeless and drug addicts, who are almost automatically ignored by the unjust society of which we are a part. This gives the film a quasi-documentary feel, as the film crew – led by the director and the lead actor – became deeply involved with homeless support networks and organizations.
As for the dramatic comedy, on the other hand, the film doesn’t hold back on Frank’s sometimes grotesque and absurd behavior. With his childish and unstable personality, Frank constantly springs unexpected and unconventional reactions that lead him down an unconventional path. His vitality, however, does nothing to diminish the extreme fragility of his situation; this relative childishness can in fact be seen as a futile escape from the misfortunes that dog him.
On the fantasy end of things, the inclusion of well-crafted dreamlike scenes – which seem to break up and/or skip over parts of the story – can also be interpreted as Mike’s more dreamy escape from his real-life struggles. Although certain scenes seem to come from a world far more enchanted than the grimy streets of London, these fantastical sequences – and particularly that mysterious ending – breathe fresh air into an already surprising storyline.
By combining various styles, tones, and characters, “Urchin” is bewilderingly bizarre yet no less thoroughly charming.
Axel Chevalier