Téhéran
Tehran
[TV]
Saisons / Seasons 1 & 2
Season 1:
Best Drama Series – International Emmy
Best Actress (Drama Series) – Israel
Best TV Art Direction – Israel
2020-2022

FR EN
Une femme vêtue d’un tchador, dont les yeux lourdement maquillés sont les seuls traits que l’on puisse distinguer, pénètre dans une cabine de toilettes de l’aéroport de Téhéran, échange ses vêtements avec l’hôtesse de l’air qui l’y attend, puis s’en va dans la ville, en tant qu’ennemie du pays dans lequel elle vient de pénétrer. Telle est la séquence d’ouverture qui donne immédiatement le ton de cette excellente série israélienne d’espionnage produite et diffusée sur la chaîne Kan 11 et Apple TV dans le monde.
C’est simple, « Tehran » s’impose comme le renouveau des grandes séries d’espionnage, quelque part entre « Homeland » et le chef-d’œuvre français du genre « Le Bureau des Légendes ». La série co-créée par Dana Eden, Maor John et Moshe Zonder (coscénariste de la série musclée « Fauda » sur des opérations d’infiltration du renseignement militaire israélien en territoires occupés palestiniens) met en scène une agente, et plus précisément une hackeuse, du Mossad infiltrée dans la capitale persane pour empêcher un radar de détecter un raid d’avions de Tsahal sur un réacteur nucléaire enfoui dans le désert.
Au gré de dialogues en farsi, hébreu et anglais, l’intrigue développe un récit complexe et haletant mêlant enjeux géopolitiques, retournements de situation et quête de soi sur fond de divisions au sein d’une société iranienne dépeinte sans manichéisme. Le scénario explore de riches personnages dans une progression cohérente et fluide entre une protagoniste qui redécouvre un pays de naissance qui lui est à la fois familier et hostile, un officier des Gardiens de la Révolution traquant l’ennemi sioniste tiraillé entre loyauté et humanité, et une jeunesse d’opposition où le voile est proscrit mue par une soif inextinguible de liberté mais dont l’exploration par la protagoniste va se heurter à son rôle ultime de destruction. Si la première saison donne faussement l’idée qu’il est impossible d’être juif en Iran, elle offre une approche à la fois immersive et profondément humaine du conflit israélo-iranien autour d’agents et de civils pris entre deux forces politiques qui les dépassent.

Tournée à Athènes dans une photographie froide mais habitée, la série se distingue clairement par sa mise en scène menée tambour battant, dans un rythme soutenu et un montage au cordeau qui plonge immédiatement le spectateur dans une tension constante qui ne perd jamais ni son temps ni son public tout au long de ses huit épisodes (par saison) riches en surprises et rebondissements.
La seconde saison nous replonge dans un Téhéran nid d’espion en introduisant un nouvel objectif de mission (l’assassinat d’un général du régime) et d’un nouveau personnage principal en la personne d’une Glenn Close en espionne aussi énigmatique que glaciale qui vient enrichir ce jeu de dupes déjà très complexe. La série continue ainsi de donner un visage humain à ses personnages les plus sombres et les plus cruels tandis que notre jeune protagoniste devenue hors la loi au pays des mollahs gagne en densité émotionnelle. La série s’oriente vers une dimension plus romanesque, plus intime et plus ambiguë qui accentue la force de « Téhéran » : conjuguer suspense et humanité dans une fiction à la frontière (gardée) de la réalité, sans jamais sacrifier en martyr l’un à l’autre.
L’une des séries les plus palpitantes du moment, dont le cliffhanger final ne peut que nous tenir en haleine pour la troisième saison dès 2023 …
A chador-clad woman, whose heavily made-up eyes are the only features we can see of her, enters a restroom stall at Tehran Airport, swaps clothes with the flight attendant waiting for her there, and then exits into the city as an enemy of the country she has just entered. This is the opening sequence that immediately sets the tone for this excellent Israeli spy series, produced and broadcast on Kan 11 and Apple TV worldwide.
“Tehran” clearly stands out as the new great spy series, somewhere between “Homeland” and the French masterpiece of the genre, “The Bureau”. The series, co-created by Dana Eden, Maor John, and Moshe Zonder (co-writer of the gritty series “Fauda,” which dealt with Israeli military intelligence infiltration operations in the occupied Palestinian territories) features a Mossad agent – specifically, a hacker – who has infiltrated Iran’s capital to prevent a radar system from detecting an Israeli Air Force raid on a nuclear reactor deep in the desert.
Through dialogue in Farsi, Hebrew, and English, the plot unfolds a complex and gripping narrative that blends geopolitical stakes, plot twists, and a quest for self-discovery against the backdrop of divisions within an Iranian society portrayed without simplistic dichotomies. The screenplay explores richly drawn characters through a coherent and smooth storyline involving a protagonist who rediscovers her homeland – a place that is both familiar and hostile to her –, a Revolutionary Guard officer tracking the Zionist foe, torn between loyalty and humanity, and a youth opposition movement where the veil is banned, driven by an unquenchable thirst for freedom – yet the protagonist’s exploration of this movement will clash with her ultimate role of destroyer. While the first season falsely suggests that it is impossible to be Jewish in Iran, it offers an approach to the Israeli-Iranian conflict that is both immersive and deeply human, centering on agents and civilians caught between two political forces beyond their control.

Shot in Athens with a cold yet vivid style, the series stands out for its fast-paced storytelling, its relentless rhythm, and its razor-sharp editing, which immediately draws viewers into a constant state of tension that never wastes time or loses its audience throughout its eight episodes (per season), which are packed with surprises and plot twists.
The second season takes us back to Tehran, a spy’s nest, introducing a new mission objective (the assassination of a regime general) and a new lead character played by Glenn Close as a spy who is as enigmatic as she is chilling, further enriching this already intricate game of deception. The series thus continues to give a human face to its darkest and cruelest characters, while our young protagonist – now an outlaw in the land of the mullahs – gains emotional depth. The series is moving toward a more dramatic, intimate, and ambiguous dimension that amplifies the strength of “Tehran”: combining suspense and humanity in a fictional narrative that treads the (carefully guarded) border between reality and fiction, without ever martyring one at the expanse of the other.
One of the most thrilling series out there right now, whose final cliffhanger will keep us on the edge of our seats eagerly awaiting the third season set to air in 2023 …