Wake Up Dead Man
2025

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Il est indéniable que le genre du ‘whodunnit’ (alias le Cluedo, ou ce genre de ‘murder mystery’ à la Hercule Poirot) est redevenu à la mode ces dernières années, et en particulier avec les enquêtes de Benoît Blanc qui constituent l’une des meilleures nouvelles petites sagas récentes. Après « A Couteaux Tirés » et « Glass Onion », le scénariste et réalisateur Rian Jonhson nous propose une enquête à nouveau déconnectée des précédentes, dans un cadre et un ton différents, avec de nouveaux personnages, mais toujours un impressionnant casting choral. Nouveau décor et nouvelle saison à chaque fois (automne, été, printemps), Jonhson sait se renouveler en explorant cette fois le mystère en chambre close et son meurtre impossible qui attise tant la curiosité de notre excentrique détective sudiste. Pour ce troisième volet, la trilogie « Knives Out » suit donc un parcours parallèle à la récente saga des aventures d’Agatha Christie adaptée par Kenneth Branagh avec un premier opus très british, suivi d’une enquête perdue dans un cadre exotique avant de conclure sur une ambiance d’inspiration gothique dans « Mystère à Venise » et ce « Wake up Dead Man ».
Ce polar nous embarque ainsi dans un mystère clérical au sein d’une Eglise perdue dans la forêt du Nord-Est des États-Unis. Plus sombre et cynique, ce troisième volet conserve la qualité d’écriture et de mise en scène qui a fait la réussite des deux premiers, au gré de subtils détails et diversions disséminées tout au long de l’enquête, sans oublier quelques clins d’œil référencés qui ne manqueront pas de faire sourire. Toujours narrée par le personnage au centre du conflit, « Wake up dead man » ne joue cette fois-ci pas sur un artifice narratif (respectivement un personnage détecteur de mensonge et une cible-sosie dans le 1 & le 2) mais conserve la grande force de ces récits : leur double lecture avant et après les révélations. L’ensemble de cet excellent casting doit ainsi jouer chaque scène sous deux points de vue tout autant crédibles ! En somme, c’est un divertissement bien conçu, bien joué et bien écrit, mais qui cette fois joue de son impossible meurtre surtout pour construire un récit plus dense qu’auparavant.

C’est l’histoire d’un homme de foi (Josh O’Connor en prêtre moderne) en pleine crise de foi (pas celle de cette dernière semaine de l’année) qui se retrouve au beau milieu d’une enquête menée par un homme (Daniel Craig) qui a une foi totale en lui-même. Dans une intrigue qui réussit à placer la croyance, le jugement et les convictions au centre des enjeux sans jamais tomber dans un prêche ou une condamnation binaire de la religion, la trame fait évoluer ses deux protagonistes vers une meilleure compréhension de soi et des autres. Même d’un point de vue athée, cette affaire ne peut être résolue sans altérer la valeur de la foi. La victoire finale se fait ainsi au prix de l’apprentissage du renoncement et de l’acceptation du pouvoir de la foi chez le fidèle.
Plus profond que les deux précédents volets, cette troisième aventure relègue donc encore un peu plus le cadre du ‘whodunnit’ en arrière-plan. D’autant que son intrigue peut aussi être lue sous l’angle d’une allégorie sous-jacente du climat politique américain actuel avec ce leader conservateur charismatique qui radicalise sa congrégation, déplaçant la frontière de la vérité pour un contrôle spirituel et intellectuel de ses sujets. Pertinent politiquement et juste religieusement, « Wake up dead man » s’impose clairement comme l’opus qui explore le plus ses thèmes et les arcs narratifs de ses protagonistes. En revanche, ses personnages secondaires ne sont pas aussi intéressants et égaux que dans les précédents, avec notamment Cailee Spaeny, Andrew Scott, Mila Kunis et Kerry Washington ayant droit à une caractérisation plus faible et moins nuancée que Jeremy Renner, Glenn Close ou Josh Brolin. Avec un scénario plus riche en thématiques, mais moins riche dans la structure et les rouages de son intrigue, le dénouement devient alors moins surprenant, et le mystère moins prenant.
C’est donc un opus assez différent des deux premiers, clairement moins fun, moins léger, moins divertissant en somme, tout en restant néanmoins cohérent avec le ton et le style de cette nouvelle saga qui s’avère très homogène dans cette première (ou unique, s’il s’agit de l’ultime volet) trilogie. Une chose est sûre, après un superbe thriller de science-fiction, le scénario ‘Star Wars’ le plus riche de l’ère Disney, et trois mystères policiers de qualité virant de plus en plus vers le sous-texte politique, le prochain projet de Rian Jonhson sera très attendu …
Raphaël Sallenave
There is no denying that the whodunnit genre (aka clue, or the Hercule Poirot-style murder mystery) has made a comeback in recent years, particularly with Benoît Blanc’s investigations, which are one of the best new little sagas to come out recently. After “Knives Out” and “Glass Onion”, screenwriter and director Rian Johnson delivers another case that is disconnected from the previous ones, with a different setting and tone, new characters, but still an impressive ensemble cast. With a new setting and season each time (fall, summer, spring), Johnson knows how to keep things fresh, this time exploring the locked-room mystery and its impossible crime that so fuels the curiosity of our quirky Southern sleuth. For this third installment, the “Knives Out” trilogy follows a similar path to the recent saga of Agatha Christie’s adventures adapted by Kenneth Branagh, with a very British first chapter, followed by a murder mystery set in an exotic location, before culminating in a Gothic-inspired atmosphere in “A Haunting in Venice” and this “Wake Up Dead Man.”
This crime thriller takes us on a journey into a clerical mystery set in a church lost in the forests of the northeastern United States. Darker and more cynical, this third installment still has the same great writing and staging that made the first two so successful, with subtle details and diversions scattered throughout the investigation, as well as a few clever references that will make you smile. Still narrated by the character at the center of the dispute, “Wake Up Dead Man” does not rely on storytelling gimmicks this time around (respectively a lie detector character and a doppelganger target in parts 1 and 2), but retains the great strength of these films: their double interpretation before and after the revelations. The whole stellar cast must therefore play each scene from two equally credible points of view! All in all, it’s a well-made, well-acted, and well-written piece of entertainment, but this time it relies on its impossible murder primarily to craft a denser narrative than before.

This is the story of a man of faith (Josh O’Connor as a modern priest) going through a crisis of faith who finds himself in the middle of an investigation led by a man (Daniel Craig) who has complete faith in himself. In a plot that manages to put belief, judgment, and convictions at the center of the matter without ever falling into binary preaching or indictment of religion, the story drives its two protagonists toward a better understanding of themselves and others. Even from an atheist point of view, this case cannot be solved without altering the value of faith. The ultimate victory thus comes through learning the virtue of self-sacrifice to let others redeem and believing in the power of faith for the faithful.
Deeper than the previous two installments, this third venture pushes the “whodunnit” framework even further into the background. All the more so as its plot can also be read as an underlying allegory of the current American political environment, with its charismatic conservative leader radicalizing his congregation, shifting the boundaries of truth in order to gain spiritual and intellectual control over his followers. Politically relevant and religiously accurate, “Wake Up Dead Man” clearly stands out as the installment that most thoroughly explores its themes and the story arcs of its protagonists. On the other hand, its supporting characters are not as interesting or well-developed as in the previous films, with Cailee Spaeny, Andrew Scott, Mila Kunis, and Kerry Washington in particular getting weaker and less nuanced characterizations than Jeremy Renner, Glenn Close, or Josh Brolin. With a script that is richer in themes but less rich in structure and plot mechanics, the climax becomes less surprising and the mystery less compelling.
This installment is therefore quite different from the first two, clearly less fun, less lighthearted, and less entertaining overall, while remaining consistent with the tone and style of this new saga, which proves to be very even in this first (or sole, if it is the final installment) trilogy. One thing is for sure: after a great sci-fi thriller, the strongest ‘Star Wars’ script of the Disney era, and three top quality murder mysteries that lean more and more towards political subtext, Rian Johnson’s next project will be eagerly anticipated…
Raphaël Sallenave