Rsg Production

L’Engloutie

 
(The Girl in the snow)
 
Prix Jean Vigo – Cinémathèque

2025

FR                   EN

 

Hiver 1899. Il fait sombre dehors. Il fait froid aussi, dans ce manteau de neige qui emmitoufle la forêt. Dans le noir, un rudimentaire convoi grimpe cependant sans relâche pour atteindre un hameau perché au milieu des immensités rocheuses des Hautes-Alpes. Parmi cette caravane des hauteurs, une jeune femme, dont on découvre plus tard qu’elle est institutrice, prête à enseigner et transmettre avec ferveur les valeurs de la IIIe République. Elle ne sait pas encore que son baptême de glace sera plus ardu qu’anticipé…

« L’Engloutie », voilà un titre intrigant, mystérieux, à la limite de l’ésotérique, que porte le premier long-métrage de Louise Hémon. Mais ce film présenté en avant-première au Festival Effervescence de Mâcon, l’est de fait tout autant. D’abord visuellement : la photographie, elle-même volontairement nébuleuse et signée Marie Atlan, joue des stupéfiants contrastes entre les intérieurs exigus (où se dévoile un clair-obscur illuminé par de très faibles lueurs d’âtres et de bougies) et les extérieurs paradoxalement étouffants (où le blanc immaculé des pentes se heurte aux flancs rocheux des montagnes immuables), le tout dans un format 4/3 qui resserre l’image autour de ses personnages inéluctablement engouffrés dans la verticalité des paysages. La musique aussi, très singulière et composée par Émile Sornin, vient ponctuer à sa façon des séquences où le souffle autant que le silence ont leur place dans cet univers surréel.

À l’inverse par ailleurs de l’à première vue similaire « Vermiglio ou la Mariée des Montagnes » de Maura Delpero, « L’Engloutie » constitue non seulement une chronique de la vie alpine de l’époque, mais n’hésite pas à jouer avec notre imaginaire à travers les fantasmes et illusions de notre héroïne nommée Aimée et incarnée par Galatea Bellugi. Parce que certes, plusieurs scènes sont inspirées d’anecdotes et d’écrits (anthropologiques comme romancés) des propres ancêtres de la réalisatrice (issue d’une lignée d’institutrices et instituteurs), mais la perte de repères qu’éprouve le personnage d’Aimée nourrit tout un champ d’affabulations tel un conte. Ne connaissant par exemple pas l’occitan ni les us et coutumes locales, l’institutrice se voit apprendre de surcroît de nouveaux langages, comme celui, ardent, du désir et même celui, tellurique, de la montagne. Et ses certitudes bousculées dans un environnement inhospitalier, Aimée se fait peu à peu engloutir, par cette froide communauté autant que par son idéal parti en fumée, par sa sexualité insufflée autant que par ces avalanches soupirées.

Axel Chevalier

 

Winter 1899. It is dark outside. It is also cold, with snow blanketing the forest. In the darkness, however, a makeshift convoy climbs relentlessly to reach a village nestled amid the rocky vastness of the Hautes-Alpes. Among this high-altitude caravan is a young woman, later revealed to be a schoolteacher, eager to teach and fervently spread the values of the Third Republic. She does not yet know that her trial by ice will be more difficult than anticipated…

“The Girl in the Snow” is an intriguing, mysterious, almost esoteric title for Louise Hémon’s first feature film. And this film is just as intriguing and mysterious. Firstly, visually: the cinematography, deliberately hazy and shot by Marie Atlan, plays on the striking contrasts between the cramped interiors (where a chiaroscuro effect is created by the faint glow of fireplaces and candles) and the paradoxically stifling exteriors (where the immaculate white of the slopes collides with the rocky flanks of the immutable mountains), all in a 1:333 aspect ratio that tightens the image around its characters, inevitably engulfed in the verticality of the landscapes. The music, too, very distinctive and composed by Émile Sornin, punctuates in its own way sequences where both breath and silence have their place in this surreal universe.

Unlike Maura Delpero’s seemingly similar “Vermiglio”, “The Girl in the snow” is not only a chronicle of Alpine life at the time, but also plays with our imagination through the fantasies and illusions of our heroine, Aimée, played by Galatea Bellugi. While several scenes are inspired by stories and writings (both anthropological and fictional) from the director’s own ancestors (who came from a long line of teachers), Aimée’s loss of bearings fuels a whole range of fairy-tale-like fabrications. For example, unfamiliar with Occitan and local customs, the teacher finds herself learning new languages, such as the ardent language of desire and even the earthy language of the mountains. With her certainties shaken in an inhospitable environment, Aimée is gradually overwhelmed, as much by this cold community as by her ideals vanishing into thin air, by her awakened sexuality as by these longed-for snowstorms.

Axel Chevalier

Gloria
Vermiglio