Rsg Production

Les Enfants des autres

 
(Other People’s Children)

2022

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Rachel a quarante ans et pas d’enfant. Tel est le point de départ du nouveau film de Rebecca Zlotowski abordant le désir de maternité et les complexités de la famille recomposée. La réalisatrice de « Grand Central », de « Une fille facile » et de « Les sauvages » intègre toujours sa vie intime dans son travail et c’est à ce jour son film le plus personnel porté par un regard moderne sur son engagement féministe, son deuil et les enjeux de maternité. Changeant à chaque fois de sujet et de mise en scène, elle emprunte cette fois au cinéma de Claude Sautet et puise dans ses sentiments mais conserve son esthétique érotique de la chair au rouge à lèvres.

Récemment présenté à la Mostra de Venise, « Les Enfants des Autres » est un beau et honnête portrait d’une femme qui se prend d’affection pour la fille de son nouveau compagnon, un film à la fois tendre, attachant et sensible. En mettant en scène une belle-mère aimante, la scénariste de la Fémis et agrégée de Lettres modernes place sur le devant de la scène un personnage habituellement secondaire et nous interroge sur les difficultés de trouver sa place dans un nid créé par d’autres et qu’il est difficile de ne pas détruire sans apporter ses propres brindilles.

Elle mêle son expérience personnelle à travers ses parents, sa judéité et sa propre maternité confrontée à son horloge biologique, à une réflexion très gorkienne où la Femme peut être mère de tous les enfants. Ce don porté vers les enfants des autres est d’autant plus caractérisé par la profession de son personnage principal qui enseigne dans un lycée professionnel et a pour mission de transmettre et d’accompagner les/ses enfants dans leur parcours éducatif et leur propre envol.

Après l’avoir vu dans un rôle cathartique dans « Revoir Paris » nous retrouvons une Virginie Efira excellente dans un personnage naturel, doux mais aussi vulnérable. Aussi prolifique que talentueuse, l’actrice porte ce film aux côtés d’un Roschdy Zem et d’une jeune Callie Ferreira-Goncalves très convaincants.

Mais le récit est en effet intégralement centré sur son point de vue à tel point que les autres personnages font presque figure de figuration et n’enrichissent pas vraiment le propos. Les dialogues partagés par le jeune couple sont ainsi souvent des monologues déguisés, ce n’est clairement pas l’histoire d’un couple ou d’une famille recomposée mais bien celle d’une femme traversant cette épreuve. La première partie du film rassemble ainsi plusieurs scènes de la vie quotidienne où nous pouvons certes tous nous reconnaître et nous identifier aux personnages mais le récit peine alors à nous captiver. Certes nous avons tous été concernés par cette banalité merveilleuse des prémisses amoureux, mais le fait est que le récit se retrouve orphelin d’un véritable enjeu. L’épilogue insiste de plus sur la dimension éducative de ce personnage sans avoir réellement développé cet aspect qui ne venait qu’en appui de l’intrigue principale et son désir d’être mère.

Encensé par la critique, « Les Enfants des Autres » aborde donc un sujet rarement traité tel quel au cinéma et bénéficie d’une réalisation travaillée, mais s’estompe finalement en une belle œuvre de banalité.

Raphaël Sallenave

 

Rachel is forty and still childless. This is the starting point of Rebecca Zlotowski’s new film about the desire for motherhood and the intricacies of a stepfamily. The director of “Grand Central”, “An Easy Girl” and “Savages” always incorporates her intimate life into her work and this is her most personal film to date with a modern take on her feminist commitment, grief and motherhood issues. Changing each time her subject and mise en scène, this time she borrows from the Claude Sautet’s cinema and draws from her feelings but still keeps her erotic aesthetics from pulp to lipstick.

Recently presented at the Venice Film Festival, “Other People’s Children” is a beautiful and honest portrait of a woman who grows fond of her new partner’s daughter, a film that is both tender, endearing and sensitive. By portraying a loving mother-in-law, the screenwriter from the Fémis and graduate in modern literature brings to the forefront a character who is usually secondary and asks us about the difficulties of finding one’s place in a nest created by others and which it is difficult not to destroy without bringing one’s own twigs.

She mixes her personal experience through her parents, her Jewishness and her own motherhood confronted with the race against menopause, with a very Gorkian reflection where the Woman can be mother of all children. This gift towards the children of others is further characterized by the profession of her main character who teaches in a technical high school and carries out the mission of transmitting and accompanying the children in their educational journey and their own take-off.

After having seen her in a cathartic role in “Paris Memories” we find an excellent Virginie Efira in a natural, sweet but also vulnerable character. As prolific as she is talented, the actress carries this film alongside Roschdy Zem and a young Callie Ferreira-Goncalves both very convincing.

But the story is indeed entirely centered on her point of view, so much so that the other characters are almost extras and do not really enrich the story. The dialogues shared by the young couple are often disguised monologues, this is clearly not the story of a couple or of a blended family but of a woman going through this challenge. The first part of the film gathers several scenes of everyday life where we can certainly all recognize ourselves and identify with the characters but the story struggles to captivate us. Of course, we have all been concerned by this wonderful banality of the premise of love, but the fact is that the story is left without a real stake. The epilogue insists moreover on the educational dimension of this character without having really developed this aspect which only came to support the main plot and her desire to be a mother.

Praised by the critics, “Other People’s Children” tackles a subject rarely treated like this in cinema and benefits from a polished making, but finally fades into a beautiful work of banality.

Raphaël Sallenave

Vie Privée
Revoir Paris