Rsg Production

Alpha

 
 

2025

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Après le viscéral « Grave » et le cybernétique « Titane », Julia Ducournau revient avec un troisième long-métrage où s’opère une forme de mutation tout aussi troublante, mais peut-être un peu plus mélancolique que les deux précédentes. Alpha, c’est le nom d’une adolescente vivant dans un monde froid et en proie à des peurs et angoisses existentielles. Habitant chez sa mère, elle voit son existence quelque peu basculer suite à la réapparition de son oncle Amin.

Flirtant avec le science-fictionnel, « Alpha » propose un véritable univers aux atmosphères parfois diamétralement opposées mais souvent mornes voire étouffantes. Composé de deux chronologies, le film distingue ces dernières par deux photographies très différentes : la principale met l’accent sur des couleurs dé-saturées, métalliques, blafardes, avec une dominance de bleu et de gris ; à l’inverse, la secondaire se veut plus chaude, plus dense, presque incandescente. Un tel contraste rend ainsi des séquences particulièrement marquantes – que ce soit celles de la piscine ou de la tempête –, mais transmet aussi visuellement et avec force l’ambiance et l’émotion générale dans lesquelles se retrouvent les personnages.

Cette immersion crée par conséquent une sensation étrange de se situer hors du temps, voire hors du réel. Or, le film joue magistralement sur cette impression de flou, enchaînant les scènes dont on ne sait pas toujours si elles sont rêvées, cauchemardées, remémorées ou tout simplement vécues. L’on arrive presque à se demander si finalement Amin, Alpha et « Maman » sont même charnellement présents aux mêmes moments ou non.

Conceptuel, « Alpha » suggère en revanche plusieurs pistes et clefs de lecture, en raison des sujets que le film aborde. À commencer bien sûr par la maladie « pétrifiante » (magnifiquement stylisée à l’écran) qui touche Amin et que tout le monde craint. Crainte horrifiée que partage et déverse par ailleurs la mère d’Alpha sur sa fille. La notion de traumatisme intra-familial et inter-générationnel, réduit au tabou, paraît de surcroît constituer le cœur du récit. Mais il faut surtout retenir que ce film anxiogène et dramatique ne vous laissera pas… de marbre.

Axel Chevalier

 

After the visceral “Raw” and the cybernetic “Titane,” Julia Ducournau is back with a third feature film that explores a form of mutation that is just as disturbing, but perhaps a little more melancholic than the previous two. Alpha is the name of a teenager living in a cold world, plagued by existential fears and anxieties. Living with her mother, she sees her life turned upside down following the reappearance of her uncle Amin.

“Alpha” borders on science fiction, creating a unique universe with atmospheres that are sometimes diametrically opposed but often gloomy and even suffocating. Set in two different time periods, the film contrasts them with two very different visual styles: the main one emphasizes desaturated, metallic, pale colors, with a predominance of blue and gray; while the secondary one is warmer, denser, almost glowing. This contrast makes certain scenes really stand out – like the swimming pool and storm scenes – but it also powerfully conveys the overall mood and emotions that the characters are going through.

This immersive experience creates a strange sensation of being outside of time, or even outside of reality. The film masterfully plays on this sense of blurring, stringing together scenes that we are not always sure are dreams, nightmares, memories, or simply reality. We almost wonder whether Amin, Alpha, and “Mom” are even physically present at the same moments or not.

Conceptual in nature, “Alpha” suggests several possible interpretations and explanations, given the subjects it addresses. Starting, of course, with the ‘petrifying’ disease (beautifully depicted on screen) that affects Amin and that everyone fears. This horrified fear is shared and poured out by Alpha’s mother onto her daughter. The notion of intra-family and intergenerational trauma, relegated to taboo, also seems to be at the heart of the story. But above all, it should be noted that this anxiety-provoking and dramatic film will not leave you… indifferent nor stoned.

Axel Chevalier

Titane
The Substance