Toy Story 5
2026

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Il y a plus de trente ans, « Toy Story » bouleversait l’histoire du cinéma d’animation. Depuis, la saga n’a cessé d’interroger ce que signifie être un jouet face aux différentes étapes de l’enfance : le remplacement (dans le 1), l’abandon (le 2), l’acceptation de la séparation (le 3), puis l’identité même du jouet avec « Toy Story 4 ». Cette cinquième aventure poursuit intelligemment cette réflexion en posant une question profondément contemporaine : que devient un jouet dans une génération d’enfants qui grandit désormais avec une tablette entre les mains ?
L’idée est tout simplement excellente. Sans jamais opposer bêtement technologie et jouets traditionnels, Pixar utilise l’arrivée des écrans dans le quotidien des plus jeunes pour questionner l’évolution du fait de jouer, de l’imagination et même de l’amitié. La tablette n’est jamais réduite au rang de méchant pur et dur, elle devient plutôt le symbole d’une fascination soigneusement fabriquée et d’une manière nouvelle de créer (ou parfois d’appauvrir) les relations humaines. Les réseaux sociaux trouvent ainsi une place étonnamment pertinente dans ce récit, en montrant comment ils peuvent accélérer certaines dynamiques de groupe pouvant enfermer les enfants dans une forme de dépendance permanente à l’écran.
Si « Toy Story 4 » venait conclure l’histoire spécifiquement de Woody à travers une dynamique plus intime et moins chorale, c’est au tour de Jessie la cowgirl d’être au centre de l’intrigue de ce nouvel opus. Une belle idée dans une franchise où elle peut offrir une perspective différente jusque-là reléguée au second plan mais qui souligne aussi le plus gros reproche que l’on pourrait faire à ce cinquième volet : ne pas avoir osé faire le film sans Woody (et Buzz dans une moindre mesure). Car oui, Pixar leur consacre encore beaucoup de temps à l’écran dans une intrigue où ils sont désormais bien secondaires, leur histoire respective étant déjà achevée. A l’inverse, la trame secondaire autour des Buzz 2.0 apparaît d’abord déconnectée de l’intrigue mais réussit à retrouver le fil conducteur de manière réjouissante. Et il aurait tout à fait été possible de ne conserver que cette version de Buzz, et une incarnation audio à distance de Woody pour aboutir aux mêmes enseignements.

Car, si le scénario offre un panorama assez simpliste de cette opposition entre jouets et tech, il poursuit avec intelligence son questionnement sur l’utilité des jouets et en particulier sur ce ressenti d’inutilité lorsque l’envie n’est plus là. Malgré une introduction un peu laborieuse, la trame progresse efficacement vers une seconde partie plus forte et émouvante sur des jouets qui ne doivent plus seulement s’adapter à la situation, aux nouveaux arrivants ou à leurs nouveaux propriétaires mais cherchent désormais aussi à leur montrer à quel point ils ont tort. Peut-on réellement se faire des amis en passant ses journées à faire défiler un écran ? Une question qui doit tarauder de nombreux parents et importer pour beaucoup d’enfants tant l’amitié est la seule forme de sentiment susceptible de toujours être là où on l’a laissé la dernière fois.
S’il est désormais impossible pour la saga d’atteindre les sommets de la trilogie originale, ce « Toy Story 5 » va néanmoins bien au-delà de la suite nostalgique et prouve que les équipes de Pixar parviennent à conjuguer film d’aventure et critique de nos dépendances au numérique. En soulignant notre perte d’attention aux relations humaines, Andrew Stanton (scénariste des quatre autres films de la saga et réalisateur du « Monde de Nemo » et de « Wall-E ») et Kenna Harris mettent en scène la dégradation de notre imagination et de la confiance que nous accordons aux imaginaires singuliers dans un cinquième opus qui parvient à conserver l’essence de la saga tout en en modernisant son fond dans une animation toujours aussi maîtrisée dans le style du premier volet de 1995 – qui apparaît sous cet angle encore plus impressionnant trente ans plus tard …
Raphaël Sallenave & Sacha Garcia
More than thirty years ago, “Toy Story” revolutionized the history of animated film. Since then, the franchise has continually explored what it means to be a toy as children go through the different stages of childhood: replacement (in Toy Story 1), abandonment (in Toy Story 2), acceptance of separation (in Toy Story 3), and finally, the very identity of what a toy is in “Toy Story 4”. This fifth adventure cleverly continues this exploration by posing a profoundly contemporary question: what becomes of a toy in a generation of children who are now growing up with a tablet in their hands?
The idea is simply brilliant. Without ever simplistically pitting technology against traditional toys, Pixar uses the arrival of screens in young children’s daily lives to explore the evolution of play, imagination, and even friendship. The tablet is never reduced to the role of a purely evil villain; rather, it becomes a symbol of a carefully crafted obsession and a new way of creating – or sometimes undermining – human relationships. Social media thus finds a surprisingly relevant role in this story, illustrating how it can accelerate certain group dynamics that can trap children in a form of constant screen dependency.
While “Toy Story 4” wrapped up Woody’s specific story through a more intimate, less ensemble-driven narrative, it’s now cowgirl Jessie’s turn to take front and center in the plot of this new installment. It’s a great idea in a franchise where she can offer a different perspective – one that had previously been overshadowed – but it also highlights the biggest flaw in this fifth installment: it didn’t dare to make the film without Woody (and Buzz, to a lesser extent). The fact is, Pixar still devotes a lot of screen time to them in a plot where they’re now clearly supporting characters, since their respective stories have already been wrapped up. Conversely, the subplot centered on the Buzz 2.0 characters initially seems disconnected from the main plot but manages to reconnect with the main server in a delightful way. They could very well have kept only this version of Buzz – along with a remote, voice-only presence of Woody – and still gotten the same message across.

For while the screenplay offers a rather simplified view of this conflict between toys and technology, it cleverly continues to explore the purpose of toys – and in particular, that sense of uselessness that sets in when the desire for them is gone. Despite a somewhat clumsy introduction, the plot moves effectively toward a stronger and more moving second half, in which toys must no longer simply adapt to the situation, to newcomers, or to their new owners, but now also seek to show the kids just how wrong they are. Can you really make friends by spending your days scrolling through a screen? It’s a question that must weigh heavily on many parents’ minds and is likely to matter to many children, since friendship is the only kind of feeling that’s likely to still remain where you last left it.
Although it is now impossible for the franchise to reach the peaks of the original trilogy, this “Toy Story 5” nevertheless goes far beyond a nostalgic sequel and proves that the teams at Pixar are able to combine an adventure film with a commentary on our digital addictions. By highlighting our declining attention to human relationships, Andrew Stanton (screenwriter of the other four films in the franchise and director of “Finding Nemo” and “Wall-E”) and Kenna Harris depict the erosion of our imagination and the trust we place in unique imaginative worlds in a fifth installment that manages to preserve the essence of the saga while modernizing its core message through an animation that remains as masterfully executed as in the 1995 original – which, viewed from this perspective, appears even more impressive thirty years later…
Raphaël Sallenave & Sacha Garcia