Hayat
(Life)
2023/2026

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Quelque part dans la campagne turque, Rıza est abasourdi : Hicran, la femme avec qui il vient de se fiancer, a disparu sans laisser de trace. Il quitte alors la boulangerie de son grand-père afin de la retrouver en ville. Et les rencontres, les imprévus et les péripéties font le reste, tandis que le temps fuit lui aussi…
Tourné en 2021, sorti en 2023 dans son pays d’origine, « Hayat » est un film turco-bulgare réalisé par Zeki Demirkubuz, cinéaste plutôt reconnu internationalement mais dont l’œuvre pourtant politique semble passer relativement inaperçue en Turquie. Ici, la remise en question et la dénonciation portent sur une institution ô combien encore centrale dans nombre de sociétés : le mariage – et évidemment ses dérives, sur fond de patriarcat violent, virulent et verrouillé.
La construction de ce long-métrage, quoique linéaire sur le plan temporel, est assez novatrice. Étalée sur une période relativement longue – et rythmée de façon ostensiblement lente nonobstant de nombreuses ellipses –, l’intrigue change plusieurs fois de points de vue, parfois de manière très fluide, d’autres fois de manière brutale, d’autres fois à la manière d’une parenthèse. Bien qu’essentiellement centrée sur Hicran (qui devait initialement donner son nom au film), l’histoire n’est donc pas que la sienne ou celle de Rıza, mais celle de toutes les personnes que les deux fréquentent, aiment ou haïssent, un temps ou pour toujours, à Istanbul ou à Sinop.
Parce que « Hayat » constitue une fresque : celle de la Turquie contemporaine où tout le monde semble tiraillé entre tradition et modernité, entre idéaux et réalités. Ainsi, Hicran s’échappe provisoirement de l’apparent arriérisme de la ruralité pour finalement sombrer dans d’illicites réseaux urbains, Rıza l’introverti laisse bourgeonner voire exploser ses émotions au fil de ses découvertes et révélations, Orhan enchaîne malgré son recul les illusions et désillusions sociales… Une série de drames, de regrets et de remords qui cadencent une société où la famille est aussi étouffante que stabilisatrice, aussi dangereuse que libératrice. Mais ainsi va la vie – vie qui, en turc, se dit « hayat ».
Axel Chevalier
Somewhere in the Turkish countryside, Rıza is stunned: Hicran, the woman he has just become engaged to, has vanished without a trace. He then leaves his grandfather’s bakery to search for her in the city. And encounters, unexpected events, and twists and turns take their course, while time slips away as well…
Shot in 2021 and released in 2023 in its home country, “Hayat” is a Turkish-Bulgarian film directed by Zeki Demirkubuz, a filmmaker who is fairly well-known internationally, yet whose political work seems to go relatively unnoticed in Turkey. Here, the questioning and denunciation focus on what is still a central pillar of many societies: marriage – and, of course, its excesses – against a backdrop of violent, virulent, and rigid patriarchy.
The structure of this film, though chronologically linear, is quite innovative. Spanning a relatively long period of time – and unfolding at a deliberately slow pace despite numerous ellipses – the plot shifts perspectives several times, sometimes very smoothly, other times abruptly, and at other times as if stepping aside for a moment. Although primarily centered on Hicran (who was originally supposed to lend her name to the film), the story is therefore not just hers or Rıza’s, but that of all the people the two of them know, love, or hate – whether for a time or forever, in Istanbul or Sinop.
Because “Hayat” is a sweeping portrait of contemporary Turkey, where everyone seems torn between tradition and modernity, between ideals and reality. Thus, Hicran temporarily escapes the apparent backwardness of rural life only to ultimately fall into illicit urban networks; the introverted Rıza allows his emotions to blossom – even explode – as he makes discoveries and faces revelations; Orhan, despite his detachment, experiences a succession of social illusions and disillusions… A series of dramas, regrets, and remorse set the pace for a society where the family is as suffocating as it is stabilizing, as dangerous as it is liberating. But such is life – life, which in Turkish is called “hayat”.
Axel Chevalier