Crime 101
2026

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« Crime 101 » revitalise le film de casse pur et dur avec ce thriller sur une série de braquages le long de l’autoroute 101 en Californie. On a affaire à un voleur qui opère selon un strict code de conduite pour rester sous les radars sans avoir à commettre la moindre violence. De l’autre côté, on a un flic au bout du rouleau qui est le seul à voir ce schéma sous-jacent à une série de délits a priori seulement symptôme d’une montée de l’insécurité. Et enfin, une courtière en assurance pour de richissimes clients vient compléter ce trio dont les trajectoires personnelles vont toutes dans un inévitable mur social et professionnel.
Bart Layton emprunte évidemment à Michael Mann dans sa mise en scène de l’univers angelin souvent nocturne mais aussi à Nicolas Winding Refn entre deux voleurs faisant respectivement penser à « Drive » et « The Place Beyond the Pines ». Le réalisateur britannique signe un film de braquage élégant porté par son impressionnant casting mettant en scène un Chris Hemsworth insaisissable et asocial face à un Mark Ruffalo quelque part entre son personnage de « Collatéral » et de « Task ». Halle Berry s’impose avec assurance dans ce film assez viril mais dont l’intrigue tient finalement beaucoup sur la place de ses femmes avec également Monica Barbaro en rôles secondaire, aux côtés notamment du vieux briscard Nick Nolte, du trop rare Corey Hawkins, et du caméléon déjanté et explosif Barry Keoghan.

Grâce à un montage pensé en amont (et hérité du film choral des années 2000 à la « Trafic »), les personnages se frôlent permettant de construire progressivement et de relier de manière organique le quotidien de ces protagonistes. Beaucoup filmé de nuit, la mise en scène léchée privilégie l’impact physique et émotionnel sur le visage des acteurs et la lisibilité de la scène plutôt qu’un style frénétique et haletant. Entre ses scènes percutantes de braquages et de courses-poursuites ou ses intenses dialogues agrémentés d’une B.O. électro, « Crime 101 » développe une atmosphère sombre et tendue, un film à la fois glamour et brut (à l’image de ce que peut être Los Angeles). Si le concept apparaît assez classique, il s’avère particulièrement bien exécuté aussi bien narrativement que visuellement.
Mais c’est aussi grâce à ce classicisme apparent que le film gagne en intérêt lorsqu’il s’aventure dans son étude de caractères désenchantés à commencer par un voleur de haut vol désespéré de sortir d’une condition précaire qui lui colle encore et toujours à la peau et génère chez lui un impérieux besoin d’ordre. C’est pourquoi un braquage qui manque de tourner au désastre le trouble et l’effraie autant, car il le propulse dans un monde qui échappe à son contrôle. Exactement comme une interaction humaine imprévue ou non codifiée. Le film développe ainsi ses deux relations en parallèle, l’une où il n’est pas du tout à l’aise quand il doit être lui-même, et l’autre où il l’est beaucoup plus quand il est dans son personnage, dans sa routine régie par ses objectifs et ses règles.
Le détective angelin est lui tout aussi brisé et désenchanté, son personnage n’est pas en quête de gloire, simplement d’une petite victoire morale face à une hiérarchie qui préfère la paix à la vérité. Quant à la courtière en assurance, elle lutte pour rester dans la course à la considération, son personnage exprime une rage sociale face aux sexisme virulent au sein de son agence et au sort réservé aux femmes de plus 50 ans au sein d’un système qui les rend invisibles (faisant également écho à Hollywood). Ce trio a priori opposé se retrouve donc confronté à une compréhension mutuelle, celle des (dés)illusions du rêve américain !

Loin du film d’action un peu bourrin qu’il aurait pu être, « Crime 101 » en profite ainsi pour livrer en filigrane un discours (presque) social qui critique autant qu’il idolâtre l’argent. Le scénario prend son temps, loin du rythme de ce genre de film à l’heure actuelle, et développe une intrigue palpitante malgré ses 2h20 au compteur. Alors oui, il aurait très bien pu être plus vif et plus nerveux s’il avait été plus court, plus dense et plus concis. Mais ce n’est tout simplement pas le ton qu’il a choisi d’adopter – même s’il est vrai qu’on pourrait aussi dire que s’il prend plus son temps, il aurait également pu plus creuser son discours froid et clinique sur le fossé social, surtout dans une ville comme L.A.
Mais au final, que ce soit sa longueur en décalage avec le genre très codifié et formaté dans lequel il s’inscrit aujourd’hui, ou ses qualités empruntées à d’autres classiques du genre nés avant lui (à la « Heat », qui était par ailleurs encore plus long), « Crime 101 » se retrouve critiqué pour des raisons plus contextuelles qu’intrinsèques. Le fait est qu’on ne fait plus vraiment ce genre de films, et ça se voit : un bide au box-office américain, et du coup une sortie expédiée en streaming en France (où effectivement il apparaîtra trop lent et long par rapport à la cadence des films de plateforme aujourd’hui). Résultat, un très bon suspense chic et audacieux, qui certes aurait pu prendre plus de risques, mais s’impose néanmoins comme (ce que l’on devrait appeler) un pur plaisir de salles …
Raphaël Sallenave
“Crime 101” breathes new life into the classic heist film with this thriller about a series of robberies along California’s Highway 101. We’re dealing with a thief who operates according to a strict code of conduct to stay under the radar without resorting to any violence. On the other side, there’s a cop at the end of his rope who is the only one to see the pattern underlying a series of crimes that, at first glance, seem merely symptomatic of rising insecurity. And finally, an insurance broker for ultra-wealthy clients rounds out this trio, whose personal trajectories are all heading toward an inevitable social and professional dead end.
Bart Layton clearly draws inspiration from Michael Mann in his depiction of the often-nocturnal Los Angeles landscape, but also from Nicolas Winding Refn in his portrayal of two thieves, evoking “Drive” and “The Place Beyond the Pines,” respectively. The British director delivers an elegant heist film driven by its impressive cast, featuring an elusive and reclusive Chris Hemsworth opposite a Mark Ruffalo who falls somewhere between his characters in “Collateral” and “Task”. Halle Berry holds her own with confidence in this rather masculine film, though the plot ultimately hinges heavily on the role of its female characters, with Monica Barbaro also in a supporting role, alongside veteran Nick Nolte, the all-too-rare Corey Hawkins, and the wild, explosive chameleon Barry Keoghan.
Thanks to a carefully planned editing style (drawing on the ensemble films of the 2000s, such as “Trafic”) the characters’ paths frequently cross, allowing the film to gradually build and organically weave together the daily lives of these protagonists. Filmed largely at night, the slick direction focuses on the physical and emotional impact on the actors’ faces and the clarity of the scene rather than a frenetic, breathless style. Between its high-impact scenes of heists and car chases and its tense dialogue set to an electronic score, “Crime 101” builds a dark and taut atmosphere, a film that is both glossy and gritty (in the way L.A. can be). While the concept may seem fairly conventional, it is executed particularly well, both narratively and visually.

But it is also thanks to this apparent classicism that the film becomes more compelling as it delves into its exploration of disillusioned characters, starting with a sophisticated thief desperate to escape a precarious existence that continues to haunt him and fuels an overwhelming need for order. This is why an almost-failed heist unsettles and frightens him so much, as it propels him into a world beyond his control. Just like an unexpected or unplanned human interaction. The film thus develops his two relationships parallel to each other, one where he is completely uncomfortable when he has to be himself, and the other where he is much more at ease when he is in character, within his routine dictated by his goals and rules.
The L.A. detective is just as broken and disillusioned; his character isn’t seeking glory, but simply a small moral victory against a hierarchy that values peace over truth. As for the insurance broker, she struggles to stay relevant in her world, her character expressing social rage in the face of virulent sexism within her agency and the fate that befalls women over 50 in a system that turns them invisible (also echoing Hollywood). This seemingly opposing trio thus finds itself facing mutual understanding – that of the (dis)illusions of the American dream!
Far from the somewhat heavy-handed action movie it could have been, “Crime 101” takes the opportunity to subtly deliver an (almost) social commentary that criticizes money just as much as it idolizes it. The screenplay takes its time – a contrast to the typical pace of this genre today – and builds a thrilling plot despite its 2 hours and 20-minute runtime. So yes, it could very well have been faster-paced and more energetic if it had been shorter, denser, and more concise. But that simply isn’t the tone it chose to set – though it’s true that it could also be said that if it took more time, it could have delved deeper into its cold, clinical examination of the social divide, especially in a city like Los Angeles.
But in the end, whether it’s the film’s runtime – which feels out of step with today’s highly formulaic and standardized genre it belongs to – or its stylistic references to other classics of the genre that came before it (like “Heat”, which was by the way even longer), “Crime 101” finds itself criticized for reasons that are more contextual than substantive. The fact is, they don’t really make this kind of movie anymore, and it shows: a flop at the domestic box office, and consequently a rushed streaming release (where it will indeed feel too slow and long compared to the pace of today’s streaming films). The result is a very good, classy and daring thriller, which admittedly could have taken more risks, but nevertheless stands out as (what we should call) a pure theatrical delight.
Raphaël Sallenave